vendredi 6 novembre 2009

Noël à Budapest et "communisme" ...

 
Messieurs,
 
Je reçois à l'instant votre Loewe Magazine du mois de novembre 2009.....
 
Page 22/23, qui vous a permis de souligner qu'en Hongrie (et ailleurs ?), la chute du "communisme" serait définitive ???
 
Si vous voulez garder TOUS vos clients, pour vendre notamment vos postes de télévision, vous feriez mieux de faire de la publicité, SANS politique...
 
Pour diffusion Internet, sur mes listes de diffusion et à mon carnet d' adresses...
 
Bien à vous !
 
Roger ROMAIN
 
 

mardi 3 novembre 2009

EURONEWS a lâché la phrase ...

EURONEWS a lâché la phrase ...
 
La propaganda des médias capitalistes va de plus en plus loin dans la campagne anti-communiste de plus en plus orchestrée.
 
Le 20e anniversaire de la "chute du mur" (comprenez l' Anschluss de la R.D.A) en est une nouvelle occasion.
 
Ce mardi, 03 novembre 2009, EURONEWS la chaîne télévisée de l' Euro-dictature capitaliste se livre à une interview du général  JARUZELSKI, apparemment reconverti lui aussi, puisqu'il se livre à une espèce de mea-culpa télévisé. C' est d'ailleurs pour cette raison et dans cet esprit que la chaîne l'interroge.
 
Mais la chaîne va plus loin. En préambule, elle explique que le général est inculpé en Pologne pour "crimes COMMUNISTES"...
 
Les boches parlaient des terroristes communistes.
 
Dans 20 ans, nos "démocrates", en peaux de lapin" parleront des criminels communistes...
 
Pour nos propagandistes de la pensée unique, les archives de la Stasi parlent... La Stasi avaient paraît-il 180.000 collaborateurs. Elles contiendraient 38 millions de dossiers.
 
Rappelons quand même qu' avant la "chute du mur", la propaganda occidentale affirmait sans rire qu' un Allemand de l' Est sur quatre travaillait pour la Stasi. La Rda avait quelque 18 millions d' âmes (On ne nous dit pas si les 38 millions de fichés ont fini ou non au goulag  ...).
 
Toutes les polices politiques du monde (y compris dans nos "démocraties" ont établi des fichiers), y compris en Belgique (Camille Huysmans avait aussi son dossier), et aux Usa qui ont connu la période oubliée du McCarthysme. La Rfa a connu les interdits professionnels et l'interdiction du Parti communiste d' Allemagne (sans doute parce qu'il fut là aussi à la tête de l'opposition anti-nazie ??? C' est pour enfermer en premier les communistes que l' Allemagne nazie ET CAPITALISTE a créé ses premiers camps de concentration et les Allemands, y compris ceux de l' Est, ont a une certaine époque assassiné plus de 20 millions de civiles soviétiques et des millions d' autres dans les autres pays envahis) .
 
La Belgique actuellement compte un flic en uniforme au km2. En Grande-bretagne, il y a une caméra de surveillance pour 12 habitants. Dans toute l'Euro-dictature capitaliste, nos "démocrates" ne cessent de renforcer la répression et les forces de répression au service de l'ordre capitaliste.
 
Il y a plus d' emprisonnés aux Usa que dans l' ensemble des prisons du reste du monde... Les murs du concentration ricain de Guantanamo comptent toujours des gens kidnappés dans leur pays depuis des années, enfermés sans inculpation, sans procès, sans condamnation, à l' abri des yeux et des oreilles du monde. La tâche est tellement immonde que même Obama n' arrive pas à sans débarrasser sans l' aide de ses alliés complices européens... Les kidnappés en route pour de Guantanamo ont d' ailleurs transité en secret dans des aéroports de l' Euro-dictature...
 
En nous n' en sommes qu'au début. Les Robocops hantent les rues de Bruxelles et d' ailleurs ... dans l' entièreté du "Monde libre" en lutte contre le "terrorisme" des autres qu'il a créé, engendré par toutes ses interventions, ses injustices, son colonialisme, ses agressions, ses exploitations, ses pillages ... 
 
Où en seraient donc nos prétendues "démocraties" occidentales, s'il n'y avaient pas eu les communistes, l'Urss, Stalingrad et ... Staline, pour participer à leur sauvetage à une certaine époque ??? Au service de qui travailleraient aujourd'hui la plupart de nos braves chercheurs, historiens, analystes, journalistes, spécialistes de la propaganda ??? La guerre d'Hitler, Horthy, Mussolini, Franco, Salazar, Pinochet,...  continue avec l' aide de ses nouveaux Kollabos, complices et de tas de renégats ...
 
RoRo

dimanche 1 novembre 2009

LE COMMUNISME ET LES SERVICES PUBLICS

 

Sent: Friday, October 16, 2009 6:04 AM

 

Paul Lafargue

1882

LE COMMUNISME ET LES SERVICES PUBLICS

Publié dans L'égalité des 25 juin et 2 juillet 1882

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En ce moment l'on est en train de fabriquer un communisme à l'usage des bourgeois : il est bien modeste ; il se contente de la transformation de certaines industries en services publics ; il est surtout peu compromettant ; au contraire, il ralliera nombre de bourgeois.

On leur dit, voyez les postes, elles sont un service public communiste, fonctionnant admirablement au profit de la communauté, et à meilleur marché qu'elles ne pourraient le faire, si elles étaient confiées à une compagnie privée, comme c'était autrefois le cas. Le gaz, le chemin de fer métropolitain, la construction des logements ouvriers, etc., doivent devenir eux aussi des services publics. Il fonctionneront au profit de la communauté et bénéficieront principalement aux bourgeois.

Dans la société capitaliste la transformation de certaines industries en service public est la dernière forme d'exploitation capitaliste. C'est parce que cette transformation présente des avantages multiples et incontestables aux bourgeois, que dans tous les pays capitalistes on voit les mêmes industries devenues services publics (armée, police, postes, télégraphes, fabrication de la monnaie, etc.).

Certaines industries monopolisées, livrées aux appétits des compagnies particulières, deviennent des instruments d'exploitation des autres catégories de la classe bourgeoise, tellement puissants, qu'elles troublent l'ordre bourgeois tout entier.

Voici des exemples : les télégraphes électriques, dès leur début en France, furent industrie de l'Etat ; l'intérêt politique du gouvernement l'exigeait. En Angleterre et aux Etats-Unis, où cet intérêt politique n'existait pas, ils furent établis par des Compagnies privées. Le gouvernement anglais dut les racheter dans l'intérêt de tous et surtout des spéculateurs, qui, dans le rachat, trouvèrent le moyen de pêcher des bénéfices scandaleux. Aux Etats-Unis, les télégraphes sont encore industrie privée : ils sont monopolisé par une bande de spéculateurs qui régente toute la presse du pays. Ces spéculateurs ne communiquent de dépêches télégraphiques qu'aux journaux qui leur sont inféodés et qui leur paient une taxe tellement lourde, que beaucoup de journaux, ne pouvant la satisfaire, se passent de nouvelles télégraphiques. En Amérique, les nouvelles télégraphiques sont la partie la plus importante des journaux, les en priver, c'est les condamner à vivoter et à mourir. Dans cette République républicaine, que les libéraux prennent pour l'idéal de leurs rêves les plus hardis, la liberté de la presse est à la merci d'une poignée de spéculateurs, sans force gouvernementale et sans responsabilité, mais qui détiennent les télégraphes.

Le monopole des chemins de fer est tellement exorbitant, qu'une compagnie peut à son gré ruiner une industrie, une ville avec des tarifs différentiels, des tarifs de faveur. Le danger auquel se trouve exposée la Société par la possession individuelle des moyens de transport, est si bien sentie par les bourgeois, qu'en France, en Angleterre, aux Etats-Unis, des bourgeois, dans leur propre intérêt, demandent de transformer le chemin de fer en service public. Déjà, avant même que cette transformation soit accomplie, l'Etat, dans l'intérêt des industriels et des propriétaires fonciers pressurés par les rois du railway, a dû intervenir dans la fixation des prix, et établir des cahiers des charges. Bien que cette manière de contrôler l'action des compagnies ne soit guère efficace, elle est une ingérence de l'Etat dans une industrie et est un stage de sa transformation en service public.

Dans la société capitaliste une industrie privée ne devient service public, que pour mieux servir les intérêts de la bourgeoisie : les avantages qu'elle en retire sont le différentes natures, nous venons de parler des dangers sociaux que présentent certaines industries abandonnées à l'exploitation individuelle, dangers qui disparaissent ou sont atténués considérablement dès que l'Etat les dirige. Mais il en existe d'autres.

L'Etat, en centralisant les administrations diminue les frais généraux, il fait le service avec une dépense moindre. On accuse l'Etat de payer tout plus cher que les industriels privés ; néanmoins ce n'est pas toujours le cas lorsqu'il s'agit de l'établissement des voies de communication, une des entreprises les plus difficile et les plus compliquées de l'industrie moderne : ainsi les tramways qui se sont construits en France, sauf de très rares exceptions, ont coûté une moyenne de 250 à 300 mille francs par kilomètre pour frais de premier établissement ; le chemin de fer d'Alais au Rhône, a mangé par kilomètre de ligne ferrée une somme d'environ 700,000 fr. M. Freycinet, qui n'est pas un dirigeant bourgeois pour des prunes, a établi sur des données positives que l'Etat pouvait construire des chemins de fer à raison de 200,000 fr. par kilomètre.

L'Etat peut donc diminuer sensiblement les prix des services publics qu'il exploite. Ce sont les bourgeois qui bénéficient de cette réduction, parce que ce sont eux surtout qui en usent. Ainsi qu d'ouvriers ne se servent de la poste qu'une ou deux fois par an : et que de maisons de commerce, que d'industriels, expédient des dix et vingt lettres par jour.

Les services publics deviennent pour les politiciens un moyen de caser leurs créatures et de donner de bonnes et grasses sinécures aux beaux fils de la bourgeoisie. M. Cochery, par exemple, a accordé les places lucratives des postes à des orléanistes, entre autres au fils du sénateur Laboulaye, l'homme à l'encrier.

Les militants du Parti ouvrier peuvent et doivent dans leurs polémiques contre les publicistes et les politiciens de la bourgeoisie, se servir de cette transformation d'industries autrefois privées en service public, pour montrer comment les bourgeois eux-mêmes sont amenés pat la force des choses à attaquer leurs propres principes, qui demandent que la société représentée par l'Etat n'enlève aucune industrie à l'initiative privée ; mais ils ne doivent désirer et encore moins réclamer la transformation de nouvelles industries en services publics, et cela pour diverses raisons.

Parce qu'il est de l'intérêt du Parti ouvrier, d'envenimer les conflits qui déchirent la classe bourgeoise, au lieu de chercher à les apaiser ; ces antagonismes activent la désorganisation de la classe régnante ; parce que les services publics augmentent la puissance corruptrice des politiciens bourgeois ; parce que les ouvriers de l'Etat ne peuvent comme les ouvriers de l'industrie privée faire des grèves et entrer en lutte avec leurs exploiteurs.

La seule raison socialiste que l'on pourrait avancer pour cette transformation, c'est que peut-être elle simplifierait l'œuvre d'expropriation révolutionnaire du Parti ouvrier. Nous l'examinerons dans la prochaine Egalité.

2

Dans la dernière Egalité nous disions que la seule raison socialiste que l'on pourrait donner pour réclamer la transformation de certaines industries privées en services publics administrés par l'Etat ou la commune, serait que cette transformation simplifierait l'œuvre d'expropriation révolutionnaire qui aurait à accomplir le Parti ouvrier, maître du pouvoir. Cette raison ne tient pas debout. Les bons côtés de cette transformation seraient loin de compenser les nombreux dangers qu'elle présenterait et que nous avons déjà brièvement mentionnés.

Le premier grand effort révolutionnaire du Parti ouvrier sera de s'emparer du pouvoir central ; tant que cette place forte de la Bourgeoisie ne sera pas conquise, toutes les réformes ouvrières seront refusées, même les plus urgentes, ou si elles sont accordées, elles le seront si chichement qu'elles seront illusoires et ne tourneront qu'au profit de la classe capitaliste.

La classe bourgeoise expropriée du pouvoir politique, le Parti ouvrier pourra commencer l'expropriation économique : ceux qui réclament la transformation de certaines industries privées en services publics même dans la société capitaliste, disent, la tâche du Parti ouvrier sera moins lourde, puisque déjà la bourgeoisie se trouvera expropriée d'une partie de l'outillage national. - Mais non.

Les grands organismes de communication et de crédit, tels que les chemins de fer, la Banque de France, le Crédit foncier, etc., que l'on voudrait voir tomber dans les mains de l'Etat sont déjà si admirablement centralisés, que pour s'en emparer il n'y aurait qu'à donner un coup de pied à leurs directeurs, à brûler quelques liasses de papiers. Il sera aussi facile de prendre possession de la Banque de France et de ses succursales de province, que du bureau central des postes de la rue Jean-Jacques Rousseau et des bureaux de provinces. Il n'y aura qu'à y envoyer quatre hommes et un caporal, et mettre sous verrous les hauts fonctionnaires pour paralyser leurs intrigues et obtenir des renseignements si besoin se faisait sentir. Il en serait de même pour les chemins de fer. Sous la Commune il fallait voir comment M. Rothschild et tous les gros messieurs du Railway avaient la bouche en cœur et se faisaient petits quand ils parlaient à un délégué de la Commune. C'était plaisir à voir. J'en sais quelque chose.

La transformation en services publics ne faciliterait nullement l'œuvre révolutionnaire, mais elle donnerait lieu à des tripotages financiers et à une dilapidation épouvantable du Trésor public. Dans la deuxième Egalité et dans la Revue socialiste j'ai signalé quelques-uns des vols scandaleux des deniers publics accomplis lors du rachat des petites lignes de chemins de fer. Tous les tripoteurs politiques, les Gambetta, les Freycinet, les Wilson, mis en goût par le rachat de petites lignes, demandent le rachat des grandes lignes ferrées.

Bien qu'à un degré moindre, l'expropriation des grands organismes de production (hauts-fourneaux, mines, filatures, tissages, etc.), sera encore chose facile. Il ne s'agira que de déplacer et coffrer au besoin quelques patrons, directeurs, administrateurs. Mais l'expropriation n'est qu'une partie de la tâche historique du Parti ouvrier.

Tous ceux qui font du socialisme d'Etat, c'est-à-dire qui demandent la transformation de certaines industries en services publics administrés par l'Etat ou la commune s'occupent nullement du sort des ouvriers qui y travaillent : en admettant même qu'ils voulussent améliorer leur sort, le pourraient-ils ? - S'ils le peuvent qu'ils le prouvent, qu'ils commencent par soulager la dure situation des travailleurs des postes, des tabacs, des chemins de fer, des forges de l'Etat. - Les ateliers de l'Etat et de la commune sont des bagnes tout aussi épouvantables, si ce n'est plus, que les ateliers privés.

Les travailleurs y sont plus rapacement exploités que dans les ateliers privés : ils sont courbés sous une autorité plus puissamment hiérarchisée ; ils ne peuvent se coaliser ni faire grève. - Il n'en pourrait être autrement, l'Etat et la commune n'étant que des représentations officielles de la classe capitaliste.

Mais le pouvoir révolutionnaire qui nationalisera les instruments de travail arrachés à la classe capitaliste aura à veiller et à l'intérêt général de la Société desservi par les industries nationales et à l'intérêt particulier des ouvriers que l'exploiteront.

Supposons que le Parti ouvrier ait envoyé M. Rothschild chercher à Jéricho les origines de ses ancêtres et se soit emparé des chemins du Nord ; supposons qu'il ne veuille ou ne puisse établir dès la première année la gratuité des transports, il pourra approximativement établir ainsi son compte :

- Sur chaque 100 francs de recettes du chemin de fer du Nord, 10 francs sont consacrés à l'usage du matériel et en frais généraux ; 60 francs sont absorbés par les salaires des ouvriers et des employés. 30 francs sont distribués entre les actionnaires et les obligataires. - Les actionnaires et les obligataires ayant été supprimés, le gouvernement révolutionnaire pourrait faire trois parts de ce qu'ils empochaient pour ne rien faire, un tiers serait laissé aux ouvriers, un tiers serait employé à diminuer le prix des transports, le dernier tiers serait pris par l'Etat afin de remplacer les impôts.

Ainsi donc, le gouvernement révolutionnaire pourrait augmenter immédiatement de près de 16% les salaires des ouvriers et des employés. Il aurait à veiller à ce que les salaires fussent autrement distribués qu'ils ne le sont aujourd'hui, moins un administrateur ou haut fonctionnaire fait de besogne et plus il est payé. Pour remédier à ce mal, il n'aurait qu'à laisser les intéressés se partager la somme qu'ils recevraient proportionnellement à leurs services et talents. Le gouvernement révolutionnaire aurait à prendre des garanties pour que les ouvriers à qui il confie un instrument national présentassent toutes les qualités requises pour son bon fonctionnement, et à ce qu'il ne devint pas un moyen d'exploitation de certaines catégories d'ouvriers, ainsi que le sont devenus les ateliers coopératifs de la société actuelle.

Ce mode d'exploitation des moyens de production nationalisés, ne sera qu'un mode transitoire, imposé par les difficultés au milieu desquelles le Parti ouvrier aura à se débattre le lendemain de la Révolution : mais nous entrevoyons une période où les besoins de consommation et le pouvoir de production de la société savamment calculés, la consommation ainsi que la production seront gratuites. Il n'y aura alors ni salaires, ni prix de marchandises. La société humaine sera alors de nouveau entrée dans la période communiste.

Il faut avoir toute l'ignorance et tout le bourgeoisisme d'un docteur possibiliste pour donner comme idéal communiste les services publics de la société actuelle.

 


lundi 26 octobre 2009

«Marx n’a jamais été aussi utile»

 

From: Samir Amin
Sent: Thursday, October 22, 2009 10:18 AM
Subject: «Marx n'a jamais été aussi utile»


La crise économique mondiale est une crise du capitalisme. Ce n'est pas la première, bien sûr, mais pour l'économiste Samir Amin, elle pourrait être l'occasion de remettre en cause les fondements-même du capitalisme. Pour sortir, non pas de la crise du capitalisme, mais du capitalisme en crise.



LE CAPITALISME, UNE PARENTHÈSE DANS L'HISTOIRE


Le principe de l'accumulation sans fin qui définit le capitalisme est synonyme de croissance exponentielle, et celle-ci, comme le cancer, conduit à la mort. Stuart Mill, qui l'avait compris, imaginait qu'un « état stationnaire » mettrait un terme à ce processus irrationnel. Keynes partageait cet optimisme de la Raison. Mais ni l'un ni l'autre n'était équipé pour comprendre comment le dépassement nécessaire du capitalisme pourrait s'imposer. Marx, en donnant toute sa place à la nouvelle lutte des classes, pouvait par contre imaginer le renversement du pouvoir de la classe capitaliste, concentré aujourd'hui dans les mains de l'oligarchie.


L'accumulation, synonyme également de paupérisation, dessine le cadre objectif des luttes contre le capitalisme. Mais celle-ci s'exprime principalement par le contraste grandissant entre l'opulence des sociétés du centre, bénéficiaires de la rente impérialiste et la misère de celles des périphéries dominées. Ce conflit devient de ce fait l'axe central de l'alternative « socialisme ou barbarie ».


Le capitalisme historique « réellement existant » est associé à des formes successives d'accumulation par dépossession, non pas seulement à l'origine (« l'accumulation primitive ») mais à toutes les étapes de son déploiement. Une fois constitué, ce capitalisme « atlantique » est parti à la conquête du monde et l'a refaçonné sur la base de la permanence de la dépossession des régions conquises, devenant de ce fait les périphéries dominées du système.


Cette mondialisation « victorieuse » a prouvé être incapable de s'imposer d'une manière durable. Un demi siècle à peine après son triomphe, qui pouvait déjà paraître inaugurer la « fin de l'histoire », elle était déjà remise en cause par la révolution de la semi périphérie russe et les luttes (victorieuses) de libération de l'Asie et de l'Afrique qui ont fait l'histoire du XXème siècle – la première vague de luttes pour l'émancipation des travailleurs et des peuples.


L'accumulation par dépossession se poursuit sous nos yeux dans le capitalisme tardif des oligopoles contemporains. Dans les centres la rente de monopole dont bénéficient les ploutocraties oligopolistiques est synonyme de dépossession de l'ensemble de la base productive de la société. Dans les périphéries cette dépossession paupérisante se manifeste par l'expropriation des paysanneries et par le pillage des ressources naturelles des régions concernées. L'une et l'autre de ces pratiques constituent les piliers essentiels des stratégies d'expansion du capitalisme tardif des oligopoles.


Dans cet esprit, je place la « nouvelle question agraire » au cœur du défi pour le XXIème siècle. La dépossession des paysanneries (d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine) constitue la forme majeure contemporaine de la tendance à la paupérisation (au sens que Marx donne à cette « loi ») associée à l'accumulation. Sa mise en œuvre est indissociable des stratégies de captation de la rente impérialiste par les oligopoles, avec ou sans agro-carburants. J'en déduis que le développement des luttes sur ce terrain, les réponses qui seront données à travers elles à l'avenir des sociétés paysannes du Sud (presque la moitié de l'humanité) commanderont largement la capacité ou non des travailleurs et des peuples à produire des avancées sur la route de la construction d'une civilisation authentique, libérée de la domination du capital, pour laquelle je ne vois pas d'autre nom que celui du socialisme.


Le pillage des ressources naturelles du Sud qu'exige la poursuite du modèle de consommation gaspilleuse au bénéfice exclusif des sociétés opulentes du Nord annihile toute perspective de développement digne de ce nom pour les peuples concernés et constitue de ce fait l'autre face de la paupérisation à l'échelle mondiale. Dans cet esprit la « crise de l'énergie » n'est pas le produit de la raréfaction de certaines des ressources nécessaires à sa production (le pétrole bien entendu), ni davantage le produit des effets destructeurs des formes énergétivores de production et de consommation en vigueur. Cette description – correcte – ne va pas au-delà des évidences banales et immédiates. Cette crise est le produit de la volonté des oligopoles de l'impérialisme collectif de s'assurer le monopole de l'accès aux ressources naturelles de la planète, que celles-ci soient rares ou pas, de manière à s'approprier la rente impérialiste, quand bien même l'utilisation de ces ressources demeurerait ce qu'elle est (gaspilleuse, énergétivore) ou serait soumise à des politiques « écologistes » correctives nouvelles. J'en déduis également que la poursuite de la stratégie d'expansion du capitalisme tardif des oligopoles se heurtera nécessairement à la résistance grandissante des nations du Sud.


D'UNE LONGUE CRISE À L'AUTRE


La crise actuelle n'est donc ni une crise financière, ni la somme de crises systémiques multiples, mais la crise du capitalisme impérialiste des oligopoles, dont le pouvoir exclusif et suprême risque d'être remis en question, cette fois encore, à la fois par les luttes de l'ensemble des classes populaires et par celles des peuples et nations des périphéries dominées, fussent elles en apparence « émergentes ». Elle est simultanément une crise de l'hégémonie des Etats-Unis. Capitalisme des oligopoles, pouvoir politique des oligarchies, mondialisation barbare, financiarisation, hégémonie des Etats-Unis, militarisation de la gestion de la mondialisation au service des oligopoles, déclin de la démocratie, pillage des ressources de la planète, abandon de la perspective du développement du Sud sont indissociables.


Le vrai défi est donc le suivant : ces luttes parviendront-elles à converger pour ouvrir la voie – ou des voies – sur la longue route à la transition au socialisme mondial ? Ou demeureront-elles séparées les unes des autres, voire entreront-elles en conflit les unes contre les autres, et de ce fait, inefficaces, laissant l'initiative au capital des oligopoles ?


Il est bon de revenir sur la première longue crise du capitalisme, qui a façonné le XXème siècle, tant le parallèle entre les étapes du développement de ces deux crises est saisissant.


Le capitalisme industriel triomphant du XIXème siècle entre en crise à partir de 1873. Les taux de profits s'effondrent, pour les raisons mises en évidence par Marx. Le capital réagit par un double mouvement de concentration et d'expansion mondialisée. Les nouveaux monopoles confisquent à leur profit une rente prélevée sur la masse de la plus-value générée par l'exploitation du travail. Ils accélèrent la conquête coloniale de la planète. Ces transformations structurelles permettent un nouvel envol des profits. Elles ouvrent la « belle époque » - de 1890 à 1914 – qui est celle d'une domination mondialisée du capital des monopoles financiarisés. Les discours dominants de l'époque font l'éloge de la colonisation (la « mission civilisatrice »), qualifient la mondialisation de synonyme de paix, et la social-démocratie ouvrière européenne se rallie à ce discours.


Pourtant la « belle époque », annoncée comme la « fin de l'histoire » par les idéologues en vue de l'époque, se termine par la guerre mondiale, comme seul Lénine l'avait vu. Et la période qui suit pour se poursuivre jusqu'aux lendemains de la seconde guerre mondiale sera celle de « guerres et révolutions ». En 1920, la révolution russe (le « maillon faible » du système) ayant été isolée, après la défaite des espoirs de révolution en Europe centrale, le capital des monopoles financiarisés restaure contre vents et marées le système de la « belle époque ». Une restauration, dénoncée par Keynes à l'époque, qui est à l'origine de l'effondrement financier de 1929 et de la dépression qu'elle va entraîner jusqu'à la seconde guerre mondiale.


Le « long XXème siècle » - 1873/1990 – est donc à la fois celui du déploiement de la première crise systémique profonde du capitalisme vieillissant ( au point que Lénine pense que ce capitalisme des monopoles constitue la « phase suprême du capitalisme »), et celui d'une première vague triomphante de révolutions anti-capitalistes (Russie, Chine) et de mouvements anti-impérialistes des peuples d'Asie et d'Afrique.


La seconde crise systémique du capitalisme s'ouvre en 1971, avec l'abandon de la convertibilité or du dollar, presqu'exactement un siècle après le début de la première. Les taux de profit, d'investissement, et de croissance s'effondrent (ils ne retrouveront jamais depuis les niveaux qui avaient été les leurs de 1945 à 1975). Le capital répond au défi comme dans la crise précédente par un double mouvement de concentration et de mondialisation. Il met ainsi en place des structures qui définiront la seconde « belle époque » (1990/2008) de mondialisation financiarisée permettant aux groupes oligopolistiques de prélever leur rente de monopole. Mêmes discours d'accompagnement : le « marché » garantit la prospérité, la démocratie et la paix ; c'est la « fin de l'histoire ». Mêmes ralliements des socialistes européens au nouveau libéralisme. Et pourtant cette nouvelle « belle époque » s'est accompagnée dès le début par la guerre, celle du Nord contre le Sud, amorcée dés 1990. Et tout comme la première mondialisation financiarisée avait donné 1929, la seconde a produit 2008. Nous sommes parvenus aujourd'hui à ce moment crucial qui annonce la probabilité d'une nouvelle vague de « guerres et révolutions ». D'autant que les pouvoirs en place n'envisagent rien d'autre que la restauration du système tel qu'il était avant son effondrement financier.


L'analogie entre les développements de ces deux crises systémiques longues du capitalisme vieillissant est frappante. Il y a néanmoins des différences dont la portée politique est importante.


SORTIR DE LA CRISE DU CAPITALISME OU SORTIR DU CAPITALISME EN CRISE?


Derrière la crise financière, la crise systémique du capitalisme des oligopoles.


Le capitalisme contemporain est d'abord et avant tout un capitalisme d'oligopoles au sens plein du terme (ce qu'il n'était qu'en partie jusqu'ici). J'entends par là que les oligopoles commandent seuls la reproduction du système productif dans son ensemble. Ils sont « financiarisés » dans le sens qu'eux seuls ont accès au marché des capitaux. Cette financiarisation donne au marché monétaire et financier – leur marché, celui sur lequel ils se concurrencent entre eux – le statut de marché dominant, qui façonne et commande à son tour les marchés du travail et d'échange de produits.


Cette financiarisation mondialisée s'exprime par une transformation de la classe bourgeoise dirigeante, devenue ploutocratie rentière. Les oligarques ne sont pas russes seulement, comme on le dit trop souvent, mais bien davantage étatsuniens, européens et japonais. Le déclin de la démocratie est le produit inévitable de cette concentration du pouvoir au bénéfice exclusif des oligopoles.


La forme nouvelle de la mondialisation capitaliste, qui correspond à cette transformation, par opposition à celle qui caractérisait la première « belle époque », est elle également importante à préciser. Je l'ai exprimé dans une phrase : le passage de l'impérialisme conjugué au pluriel (celui des puissances impérialistes en conflit permanent entre elles) à l'impérialisme collectif de la triade (Etats-Unis, Europe, Japon).


Les monopoles qui émergent en réponse à la première crise du taux de profit se sont constitués sur des bases qui ont renforcé la violence de la concurrence entre les puissances impérialistes majeures de l'époque, et conduit au grand conflit armé amorcé en 1914 et poursuivi à travers la paix de Versailles puis la seconde guerre jusqu'en 1945. Ce que Arrighi, Frank, Wallerstein et moi même avons qualifié dés les années 1970 de « guerre de trente ans », terme repris depuis par d'autres.


Par contre la seconde vague de concentration oligopolistique, amorcée dans les années 1970, s'est constituée sur de toutes autres bases, dans le cadre d'un système que j'ai qualifié « d'impérialisme collectif » de la triade ( Etats-Unis, Europe et Japon). Dans cette nouvelle mondialisation impérialiste, la domination des centres ne s'exerce plus par le monopole de la production industrielle (comme c'était le cas jusqu'ici), mais par d'autres moyens (le contrôle des technologies, des marchés financiers, de l'accès aux ressources naturelles de la planète, de l'information et des communications, des armements de destruction massive). Ce système que j'ai qualifié « d'apartheid à l'échelle mondiale » implique la guerre permanente contre les Etats et les peuples des périphéries récalcitrantes, guerre amorcée dès 1990 par le déploiement du contrôle militaire de la planète par le Etats-Unis et leurs alliés subalternes de l'OTAN.


La financiarisation de ce système est indissociable, dans mon analyse, de son caractère oligopolistique affirmé. Il s'agit là d'une relation organique fondamentale. Ce point de vue n'est pas celui qui domine, non seulement dans la littérature volumineuse des économistes conventionnels, mais encore dans la plupart des écrits critiques concernant la crise en cours.

C'est ce système dans son ensemble qui est désormais en difficulté.


Les faits sont déjà là : l'effondrement financier est déjà en passe de produire non pas une « récession » mais une véritable dépression profonde. Mais au-delà, d'autres dimensions de la crise du système ont émergé à la conscience publique avant même l'effondrement financier. On en connait les grands titres – crise énergétique, crise alimentaire, crise écologique, changements climatiques – et de nombreuses analyses de ces aspects des défis contemporains sont produites quotidiennement, dont quelques unes de la plus grande qualité..


Je reste néanmoins critique à l'endroit de ce mode de traitement de la crise systémique du capitalisme, qui isole trop les différentes dimensions du défi. Je redéfinis donc les « crises » diverses comme les facettes du même défi, celui du système de la mondialisation capitaliste contemporaine (libérale ou pas) fondé sur la ponction que la rente impérialiste opère à l'échelle mondiale, au profit de la ploutocratie des oligopoles de l'impérialisme collectif de la triade.


La vraie bataille se livre sur ce terrain décisif entre les oligopoles qui cherchent à produire et reproduire les conditions qui leur permettent de s'approprier la rente impérialiste et toutes leurs victimes – travailleurs de tous les pays du Nord et du Sud, peuples des périphéries dominées condamnées à renoncer à toute perspective de développement digne de ce nom.


Je proposais donc une conceptualisation des formes nouvelles de domination des centres impérialistes fondée sur l'affirmation de modes nouveaux de contrôle se substituant au monopole ancien de l'exclusive industrielle, ce que la montée des pays qualifiés depuis « d'émergents » a confirmé. Je qualifiais la nouvelle mondialisation en construction « d'aparheid à l'échelle mondiale », appelant la gestion militarisée de la planète, perpétuant dans des conditions nouvelles la polarisation indissociable de l'expansion du « capitalisme réellement existant ».


LA SECONDE VAGUE D'ÉMANCIPATION DES PEUPLES: UN «REMAKE» DU XXÈME SIÈCLE OU MIEUX?


Le monde contemporain est gouverné par des oligarchies. Oligarchies financières aux Etats-Unis, en Europe et au Japon, qui dominent non seulement la vie économique, mais tout autant la politique et la vie quotidienne. Oligarchies russes à leur image que l'Etat russe tente de contrôler. Statocratie en Chine. Autocraties (parfois cachées derrière quelques apparences d'une démocratie électorale « de basse intensité ») inscrites dans ce système mondial ailleurs dans le reste de la planète.


La gestion de la mondialisation contemporaine par ces oligarchies est en crise.


Les oligarchies du Nord comptent bien rester au pouvoir, le temps de la crise passé. Elles ne se sentent pas menacées. Par contre la fragilité des pouvoirs des autocraties du Sud est, elle, bien visible. La mondialisation en place est, de ce fait, fragile. Sera-t-elle remise en question par la révolte du Sud, comme ce fut le cas au siècle passé ? Probable. Mais triste. Car l'humanité ne s'engagera sur la voie du socialisme, seule alternative humaine au chaos, que lorsque les pouvoirs des oligarchies, de leurs alliés et de leurs serviteurs seront mis en déroute à la fois dans les pays du Nord et dans ceux du Sud.


Le capitalisme est « libéral » par nature, si l'on entend par « libéralisme » non pas ce joli qualificatif que le terme inspire, mais l'exercice plein et entier de la domination du capital non pas seulement sur le travail et l'économie, mais sur tous les aspects de la vie sociale. Il n'y a pas « d'économie de marché » (expression vulgaire pour dire capitalisme) sans « société de marché ». Le capital poursuit obstinément cet objectif unique. L'Argent. L'accumulation pour elle-même. Marx, mais après lui d'autres penseurs critiques comme Keynes, l'ont parfaitement compris. Pas nos économistes conventionnels, ceux de gauche inclus.


Ce modèle de domination exclusive et totale du capital avait été imposé avec obstination par les classes dirigeantes tout au long de la longue crise précédente jusqu'en 1945. Seule la triple victoire de la démocratie, du socialisme et de la libération nationale des peuples avait permis, de 1945 à 1980, la substitution à ce modèle permanent de l'idéal capitaliste, de la coexistence conflictuelle des trois modèles sociaux régulés qu'ont été le Welfare State de la social-démocratie à l'Ouest, les socialismes réellement existants à l'Est et les nationalismes populaires au Sud. L'essoufflement puis l'effondrement de ces trois modèles a par la suite rendu possible un retour à la domination exclusive du capital, qualifiée de néo-libérale.


Les désastres sociaux que le déploiement du libéralisme – « l'utopie permanente du capital » ai-je écrit – n'allait pas manquer de provoquer ont inspiré bien des nostalgies du passé récent ou lointain. Mais ces nostalgies ne permettent pas de répondre au défi. Car elles sont le produit d'un appauvrissement de la pensée critique théorique qui s'était progressivement interdit de comprendre les contradictions internes et les limites des systèmes de l'après seconde guerre mondiale, dont les érosions, les dérives et les effondrements sont apparus comme des cataclysmes imprévus.


Néanmoins, dans le vide créé par ces reculs de la pensée théorique critique, une prise de conscience de dimensions nouvelles de la crise systémique de civilisation a trouvé le moyen de se frayer la voie. Je fais référence ici aux écologistes. Mais les Verts, qui ont prétendu se distinguer radicalement et tout également des Bleus (les conservateurs et les libéraux) et des Rouges (les Socialistes) se sont enfermés dans l'impasse, faute d'intégrer la dimension écologique du défi dans une critique radicale du capitalisme.


Tout était en place donc pour assurer le triomphe – passager en fait, mais qui s'est vécu comme « définitif » - de l'alternative dite de la « démocratie libérale ». Une pensée misérable – une véritable non pensée – qui ignore ce que pourtant Marx avait dit de décisif concernant cette démocratie bourgeoise qui ignore que ceux qui décident ne sont pas ceux qui sont concernés par ces décisions. Ceux qui décident, jouissent de la liberté renforcée par le contrôle de la propriété, sont aujourd'hui les ploutocrates du capitalisme des oligopoles et les Etats qui sont leurs débiteurs. Par la force des choses les travailleurs et les peuples concernés ne sont guère que leurs victimes. Mais de telles billevesées pouvaient paraître crédibles, un court moment, du fait des dérives des systèmes de l'après-guerre, dont la misère des dogmatiques ne parvenait plus à comprendre les origines. La démocratie libérale pouvait alors paraître le « meilleur des systèmes possibles ».


Aujourd'hui les pouvoirs en place, qui eux n'avaient rien prévu, s'emploient à restaurer ce même système. Leur succès éventuel, comme celui des conservateurs des années 1920 – que Keynes dénonçait sans trouver d'écho à l'époque – ne pourra qu'aggraver l'ampleur des contradictions qui sont à l'origine de l'effondrement financier de 2008.


La récente réunion du G20 (Londres, avril 2009) n'amorce en rien une « reconstruction du monde ». Et ce n'est peut être pas un hasard si elle a été suivie dans la foulée par celle de l'OTAN, le bras armé de l'impérialisme contemporain, et par le renforcement de son engagement militaire en Afghanistan. La guerre permanente du « Nord » contre le « Sud » doit continuer.


On savait déjà que les gouvernements de la triade – Etats-Unis, Europe et Japon – poursuivent l'objectif exclusif d'une restauration du système tel qu'il était avant septembre 2008. Plus intéressant est le fait que les leaders des « pays émergents » invités ont gardé le silence. Une seule phrase intelligente a été prononcée au cours de cette journée de grand cirque, par le Président chinois Hu Jintao, qui a fait observer « en passant », sans insister et avec le sourire (narquois ?), qu'il faudra bien finir par envisager la mise en place d'un système financier mondial qui ne soit pas fondé sur le dollar. Quelques rares commentateurs ont immédiatement fait le rapprochement - correct – avec les propositions de Keynes en 1945.


Cette « remarque » nous rappelle à la réalité : que la crise du système du capitalisme des oligopoles est indissociable de celle de l'hégémonie des Etats-Unis, à bout de souffle. Mais qui prendra la relève ? Certainement pas « l'Europe » qui n'existe pas en dehors de l'atlantisme et ne nourrit aucune ambition d'indépendance, comme l'assemblée de l'OTAN l'a démontré une fois de plus. La Chine ? Cette « menace », que les médias invoquent à satiété (un nouveau « péril jaune ») sans doute pour légitimer l'alignement atlantiste, est sans fondement. Les dirigeants chinois savent que leur pays n'en a pas les moyens, et ils n'en ont pas la volonté. La stratégie de la Chine se contente d'oeuvrer pour la promotion d'une nouvelle mondialisation, sans hégémonie. Ce que ni les Etats-Unis, ni l'Europe ne pensent acceptable.


Les chances donc d'un développement possible allant dans ce sens reposent encore intégralement sur les pays du Sud. Et ce n'est pas un hasard si la Cnuced est la seule institution de la famille des Nations Unies qui ait pris des initiatives fort différentes de celles de la commission Stiglitz. Ce n'est pas un hasard si son directeur, le Thaïlandais Supachai Panitchpakdi, considéré jusqu'à ce jour comme un parfait libéral, ose proposer dans le rapport de l'organisation intitulé « The Global Economic Crisis », daté de mars 2009, des avancées réalistes s'inscrivant dans la perspective d'un second moment de « l'éveil du Sud ».


La Chine de son côté a amorcé la construction – progressive et maîtrisée - de systèmes financiers régionaux alternatifs débarrassés du dollar. Des initiatives qui complètent, au plan économique, la promotion des alliances politiques du « groupe de Shanghai », l'obstacle majeur au bellicisme de l'OTAN.


L'assemblée de l'OTAN, réunie dans la même foulée en avril 2009, a entériné la décision de Washington, non pas d'amorcer son désengagement militaire, mais au contraire d'en accentuer l'ampleur.


UN NOUVEL INTERNATIONALISME DES TRAVAILLEURS ET DES PEUPLES EST NÉCESSAIRE ET POSSIBLE


Le capitalisme historique est tout ce qu'on veut sauf durable. Il n'est qu'une parenthèse brève dans l'histoire. Sa remise en cause fondamentale - que nos penseurs contemporains, dans leur grande majorité, n'imaginent ni « possible » ni même « souhaitable » – est pourtant la condition incontournable de l'émancipation des travailleurs et des peuples dominés (ceux des périphéries, 80 % de l'humanité). Et les deux dimensions du défi sont indissociables. Il n'y aura pas de sortie du capitalisme par le moyen de la seule lutte des peuples du Nord, ou par la seule lutte des peuples dominés du Sud. Il n'y aura de sortie du capitalisme que lorsque, et dans la mesure où, ces deux dimensions du même défi s'articuleront l'une avec l'autre. Il n'est pas « certain » que cela arrive, auquel cas le capitalisme sera « dépassé » par la destruction de la civilisation (au-delà du malaise dans la civilisation pour employer les termes de Freud), et peut être de la vie sur la planète. Le scénario d'un « remake » possible du XXème siècle restera donc en deçà des exigences d'un engagement de l'humanité sur la longue route de la transition au socialisme mondial. Le désastre libéral impose un renouveau de la critique radicale du capitalisme. Le défi est celui auquel est confrontée la construction/reconstruction permanente de l'internationalisme des travailleurs et des peuples, face au cosmopolitisme du capital oligarchique.


La construction de cet internationalisme ne peut être envisagée que par le succès d'avancées révolutionnaires nouvelles (comme celles amorcées en Amérique latine et au Népal) ouvrant la perspective d'un dépassement du capitalisme.


Dans les pays du Sud le combat des Etats et des nations pour une mondialisation négociée sans hégémonies – forme contemporaine de la déconnexion – soutenu par l'organisation des revendications des classes populaires peut circonscrire et limiter les pouvoirs des oligopoles de la triade impérialiste. Les forces démocratiques dans les pays du Nord doivent soutenir ce combat. Le discours « démocratique » proposé, et accepté par la majorité des gauches telles qu'elles sont, les interventions « humanitaires » conduites en son nom comme les pratiques misérables de « l'aide » écartent de leurs considérations la confrontation réelle avec ce défi.


Dans les pays du Nord les oligopoles sont déjà visiblement des « biens communs » dont la gestion ne peut être confiée aux seuls intérêts particuliers (dont la crise a démontré les résultats catastrophiques). Une gauche authentique doit avoir l'audace d'en envisager la nationalisation, étape première incontournable dans la perspective de leur socialisation par l'approfondissement de la pratique démocratique. La crise en cours permet de concevoir la cristallisation possible d'un front des forces sociales et politiques rassemblant toutes les victimes du pouvoir exclusif des oligarchies en place.


La première vague de luttes pour le socialisme, celle du XXème siècle, a démontré les limites des social-démocraties européennes, des communismes de la troisième internationale et des nationalismes populaires de l'ère de Bandoung, l'essoufflement puis l'effondrement de leurs ambitions socialistes. La seconde vague, celle du XXIème siècle, doit en tirer les leçons. En particulier associer la socialisation de la gestion économique et l'approfondissement de la démocratisation de la société. Il n'y aura pas de socialisme sans démocratie, mais également aucune avancée démocratique hors de la perspective socialiste.


Ces objectifs stratégiques invitent à penser la construction de « convergences dans la diversité » (pour reprendre l'expression retenue par le Forum Mondial des Alternatives) des formes d'organisation et de luttes des classes dominées et exploitées. Et il n'est pas dans mon intention de condamner par avance celles de ces formes qui, à leur manière, renoueraient avec les traditions des social-démocraties, des communismes et des nationalismes populaires, ou s'en écarteraient.


Dans cette perspective il me paraît nécessaire de penser le renouveau d'un marxisme créateur. Marx n'a jamais été aussi utile, nécessaire, pour comprendre et transformer le monde, aujourd'hui autant et même plus encore qu'hier. Etre marxiste dans cet esprit c'est partir de Marx et non s'arrêter à lui, ou à Lenine, ou à Mao, comme l'ont conçu et pratiqué les marxismes historiques du siècle dernier. C'est rendre à Marx ce qui lui revient : l'intelligence d'avoir amorcé une pensée critique moderne, critique de la réalité capitaliste et critique de ses représentations politiques, idéologiques et culturelles. Le marxisme créateur doit poursuivre l'objectif d'enrichir sans hésitation cette pensée critique par excellence. Il ne doit pas craindre d'y intégrer tous les apports de la réflexion, dans tous les domaines, y compris ceux de ces apports qui ont été considérés, à tort, comme « étrangers » par les dogmatiques des marxismes historiques du passé.



Note

Les thèses présentées dans cet article ont été développées par l'auteur dans son ouvrage sur la crise, Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise (ed Le Temps des Cerises, Paris 2009).


Samir Amin Samir Amin dirige le Forum Tiers Monde : http://www.forumtiersmonde.net/fren/index.php


Source : Marianne

mardi 20 octobre 2009

Sabam: Marc Hermant, nouvel administrateur délégué

Moi, ce qui m'intéresserait ce serait de savoir ce que les sociétés de droits d' auteurs font exactement avec les sommes colossales qu'elles collectent, qu'elles rançonnent un peu partout, de tous ceux qui organisent des spectacles pour toutes sortes de raisons, y compris caritatives, patriotiques, politiques,  familiales, scolaires, etc...
Leurs frais de gestion, leurs bâtiments, leurs dirigeants, leurs déplacements, leurs traitements, les pourcentages distribués réellement aux auteurs, etc, etc...   Beaucoup de ces gens ne doivent pas faire que du bénévolat.
Si l'on enquêtait un jour également de leur côté, il y aurait sans doute aussi des surprises, en Belgique et/ou ailleurs ...  Qui trônent dans leurs conseils d' administration, qui participent à leurs assemblées générales ? Sans doute, tous des chômeurs ... ?
RoRo

From: MSN Actualité belge
Sent: Tuesday, October 20, 2009 3:38 PM
Subject: Sabam: Marc Hermant, nouvel administrateur délégué

 
 

Sabam: Marc Hermant, nouvel administrateur délégué

Le Conseil d'administration de la Société Belge des Auteurs, Compositeurs et Editeurs (Sabam) a annoncé mardi la nomination de l'écrivain Marc Hermant en tant qu'administrateur délégué francophone de la société.

Ce dernier prendra ses fonctions le 1er janvier 2010, succédant à Paul Louka qui a décidé de mettre un terme à ses fonctions le 31 décembre 2009. Le conseil d'administration de la Sabam a également annoncé la cooptation d'Albert Delchambre qui poursuivra le mandat d'administrateur de M. Louka. Par ailleurs, après l'annonce de Robert Cogoi de mettre également un terme à son mandat d'administrateur à dater du 31 décembre 2009, le conseil d'administration a décidé de coopter Alec Mansion. Ces deux cooptations seront soumises à élection lors de la prochaine assemblée générale qui se tiendra en juin 2010. (NLE)

lundi 19 octobre 2009

Pour débattre: LES ESCAMOTEURS DE SPECTRE !

 

Sent: Monday, October 19, 2009 8:40 PM

 

Michel Peyret

18 octobre 2009



LES ESCAMOTEURS DE SPECTRE !



Tout le monde connait les premières lignes du Manifeste du Parti communiste dont les auteurs sont Marx et Engels :


« Un spectre hante l'Europe : le spectre du communisme .


« Toutes les puissances de la vieille Europe se sont groupées en une sainte chasse à courre pour traquer ce spectre : le Pape et le Tsar , Metternich et Guizot , les radicaux français et les policiers allemands .


« Où est le parti d'opposition qui n'a pas été accusé de communisme par ses adversaires au pouvoir ?


« Où est le parti d'opposition qui n'a pas stigmatisé du reproche infamant de « communisme » ses adversaires de droite ou de gauche ?


IL EST GRAND TEMPS !


« Il en résulte deux choses , poursuit le Manifeste .


« Le communisme est déjà reconnu comme une puissance par toutes les puissances européennes .


« Il est grand-temps que les communistes exposent à la face du monde entier leurs conceptions, leurs buts , leurs tendances et qu'ils opposent aux légendes du spectre communiste un manifeste du parti lui-même .


« Dans ce but , les communistes de diverses nationalités se sont réunis à Londres et ont esquissé le manifeste suivant , publié en anglais , français , allemand , italien , flamant et danois... »


C'était en 1847 , Marx et Engels furent chargés de mettre sur pied la publication d'un programme théorique et pratique concret .


Rédigé en allemand , le manuscrit fut imprimé à Londres en janvier 1848 , quelques semaines avant la révolution française du 24 février .


Une traduction française parut peu avant l'insurrection parisienne de juin 1848 .


LUTTER POUR AVOIR LES COUDEES FRANCHES !


Friedrich Engels , qui signe la Préface au Manifeste de janvier 1888 , y écrit :


« L'écrasement de l'insurrection parisienne de juin 1848 , le premier grand combat du prolétariat contre la bourgeoisie , relégua provisoirement au second plan les efforts sociaux et politiques des travailleurs européens .

« Et comme au temps de la révolution de février , les différents groupes de la classe possédante luttèrent entre eux pour regagner la première place ; la classe ouvrière fut réduite à lutter pour avoir les coudées franches et à occuper l'extrème gauche des classes moyennes radicales .


« Là où les mouvements prolétariens indépendants s'avisèrent de donner signe de vie , ce fut l'impitoyable écrasement...


« Lorsque la classe ouvrière européenne retrouve assez de force pour recommencer une nouvelle offensive contre la classe dominante naquit l'Association Internationale des Travailleurs...


« C'est ainsi que le Manifeste revient à la surface... »


CENT QUINZE ANS APRES !


L'édition du Manifeste que je cite est datée de novembre 1966 !


L'introduction d'alors , signée de Robert Mandrou , précise que « lorsque le jeune Marx rédigeait le Manifeste du parti communiste ( avec l'aide de son ami Engels ) à la demande de la Fédération des Communistes , il s'adressait aux « prolétaires de tous les pays » au nom d'une poignée de militants , prophètes convaincus d'un monde meilleurs . »


Il poursuit : « Cent quinze ans après la publication de cet appel , nous pouvons en mesurer l'efficacité d'un coup d'oeil : presque la moitié de l'humanité est encadrée par un régime politique qui se réclame de Karl Marx ; et l'autre moitié ne saurait se flatter de l'ignorer ; au contraire , les plus décidés de ses adversaires sont nourris de la pensée marxiste : quel bourgeois français de 1962 nierait , si ce n'est par goût des paradoxes , la lutte des classes ? 


« Jamais dans l'histoire de l'humanité , penseur n'eut une efficience comparable .


« Mais d'autre part , il n'est pas une pensée qui ait été plus déformée , parodiée , caricaturée que celle du fondateur du matérialisme historique . »


UNE PENSEE CARICATUREE ET AMPUTEE


Certes , nous ne sommes plus en 1962 .


Les idées de Marx ont subi tout un temps de terribles épreuves .


On le voit bien : longtemps on lui a attribué le mérite d'avoir triomphé sur la presque moitié de l'humanité et d'influencer fortement l'autre moitié !


On ne pouvait en conséquence que lui faire porter la responsabilité de l'échec qui est finalement survenu .


Aussi , on ne peut que rendre hommage à la clairvoyance , à la lucidité de Robert Mandrou qui , dès 1962 , avait su percevoir que ce n'était pas la pensée de Marx qui pouvait être tenue pour méritoire des succès , ni coupable des échecs tant elle avait été déformée .


Et j'ajouterais pour ce qui me concerne ignorée dans ses aspects essentiels comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire .


POURQUOI RENONCERAIT-ON A L'IDEE COMMUNISTE ?


Aussi , on le voit bien , il n'y a aucune raison pour faire porter au Manifeste du Parti communiste , comme à l'ensemble de la pensée de Marx , un discrédit qui consisterait dans le fait de renoncer à utiliser le concept de communisme .


C'est pourtant ce que je constate : nombre d'articles qui me sont donné à lire lui substituent le concept de « socialisme » .


Pourtant Engels , dans la Préface de 1988 déjà citée , montrait que , au moment où Marx et lui-même écrivaient , ils ne pouvaient l'intituler « Manifeste socialiste » :


« En 1847 , on donnait le nom de socialistes , d'une part aux adeptes des divers systèmes utopiques : les owenistes en Angleterre et les fouriéristes en France , et qui n'étaient déjà plus , les uns et les autres , que de simples sectes agonisantes ; d'autre part aux méticastres sociaux de tout acabit qui promettaient , sans aucun préjudice pour le Capital et le profit , de guérir toutes les infirmités sociales au moyen de toutes sortes de replâtrages .


« Dans les deux cas , c'étaient des gens qui vivaient en dehors du mouvement ouvrier et qui cherchaient plutôt un appui auprès des classes  « cultivées »


LE SOCIALISME , UN MOUVEMENT BOURGEOIS !


« Au contraire , cette partie des ouvriers qui , convaincue de l'insuffisance de simples bouleversements politiques , réclamait une transformation fondamentale de la société , s'était donné le nom de communistes .


« C'était un communisme à peine dégrossi , purement instinctif , parfois un peu grossier , mais cependant il pressentait l'essentiel et se révéla assez fort dans la classe ouvrière pour donner naissance au communisme utopique : en France , celui de Cabet et en Allemagne , celui de Weitling .


« En 1847 , le socialisme signifiait un mouvement bourgeois , le communisme , un mouvement ouvrier .


« Le socialisme avait , sur le continent tout au moins , « ses entrées dans le monde » , pour le communisme , c'était exactement le contraire .


« Et comme , depuis toujours , nous étions d'avis que « l'émancipation des travailleurs doit être l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes » , nous ne pouvions hésiter un instant sur la dénomination à choisir .


« Depuis , il ne nous est jamais venu à l'esprit de la rejeter . »



Je ne sais pas si les divers articles préconisant le socialisme ont pour objet de développer le débat .

En tout cas j'espère que celui-ci y contribuera !


samedi 17 octobre 2009

Les soixante ans de la République populaire chinoise : la quête d'un modèle de développement

 

From: Comité Valmy
Sent: Saturday, October 17, 2009 9:47 PM
Subject: Les soixante ans de la République populaire chinoise : la quête d'un modèle de développement


La République populaire de Chine fête son 60e anniversaire. Pays extrêmement pauvre et sous-développé en 1949 et où la plupart des gens n'avaient pratiquement rien à manger et ne couraient qu'en haillons, la Chine s'est muée en la seconde nation industrielle et la troisième économie du monde. Pour y arriver, elle a dû projeter et élaborer elle-même un modèle de développement. Son succès n'a pas seulement transformé la Chine, il a également modifié la relation entre le Nord et le Sud dans le monde. L'Asie, l'Afrique et l'Amérique latine disent que la collaboration avec la Chine « leur offre de nouvelles possibilités de développement indépendant ». C'est sous son influence que l'hégémonie américaine s'effrite de jour en jour.

Au moment où Mao Zedong proclamait la République populaire de Chine, le niveau de vie n'y était pas plus élevé que celui de l'Afrique noire. Dans la première période de construction, de 1949 à 1979, le pays enregistrait de nombreux succès dans la lutte contre la pauvreté. Mais ce fut dans la seconde période, de 1979 à nos jours, que les progrès furent les plus importants. La Banque mondiale écrit : « Entre 1981 et 2004, la partie de la population disposant de moins d'un dollar par jour est passée de 65 à 10 pour cent. Entre 1981 et 2004, plus de 500 millions de Chinois ont été sortis de la pauvreté. »

Dans les autres domaines du développement humain aussi, les progrès sont impressionnants.

En 1949, 90 pour cent des Chinois étaient analphabètes. Aujourd'hui, 87 pour cent des femmes et 96 pour cent des hommes de plus de 15 ans savent lire et écrire.

En 1949, le Chinois vivait en moyenne 35 ans. Aujourd'hui, 72. Il y a actuellement 4 millions de lits d'hôpital et 6 millions d'infirmiers, médecins et pharmaciens à temps plein. Le nombre de médecins par 10.000 habitants est aujourd'hui de 16, soit la moitié en plus qu'en 1978.

En 1949, aller à l'école était un privilège pour les riches. Aujourd'hui, la Chine a le plus grand réseau d'écoles du monde. L'enseignement gardien compte 23 millions d'enfants. Les enseignements primaire, secondaire et supérieur comptent respectivement 105, 92 et 20 millions d'élèves et d'étudiants. Chaque année, plus de 6 millions d'étudiants des universités et des écoles supérieures terminent leurs études. L'enseignement emploie 13 millions d'enseignants à temps plein.

La clé : l'économie Au cours des 60 années écoulées, la Chine n'a jamais trouvé de solutions « clé sur porte » aux problèmes qui sont immenses dans un pays où vit un bon cinquième de l'humanité et qui, en 1949 encore, faisait partie des plus pauvres de la planète. Le Parti communiste a commis bien des fautes, dont de très graves aussi, et il ne fait pas de doute qu'il en commet encore aujourd'hui. Mais on ne peut évaluer correctement ces fautes et erreurs sans les placer dans un contexte de progrès très rapide.

Aucun grand pays ne peut présenter un palmarès comme celui de la Chine. Son voisin, l'Inde, qui compte aussi plus d'un milliard d'habitants, la précédait de loin, en 1949, sur le plan du développement humain. Aujourd'hui, la situation s'est inversée. La Chine compte 7 pour cent d'enfants sous-alimentés. L'Inde 44 pour cent. En Chine, 98 pour cent des enfants de moins de 12 ans vont à l'école. En Inde, 50 pour cent.

En 1950, le revenu national chinois par habitant était d'un quart inférieur à celui de l'Inde. Aujourd'hui, il est trois fois plus élevé.

La clé du succès chinois se situe bien sûr ici : plus vite l'économie croît, plus vite on peut résoudre les problèmes de la nourriture, de l'habillement, du logement, des soins de santé, de l'enseignement, de l'emploi, de l'urbanisation.

Depuis 1980, l'économie chinoise croît chaque année de 10 pour cent en moyenne, soit plus du double de la croissance de la période 1949-1979. Aujourd'hui, la Chine est à même de nourrir toute sa population : 22 pour cent de l'humanité, même si la Chine ne possède que 9 pour cent de toutes les terres cultivables du globe. Ses réserves céréalières sont deux fois plus importantes que la moyenne mondiale.

En 1952, le produit intérieur brut (ce qui est produit dans tous les secteurs) de la Chine était de 68 milliards de yuan. En 2008, de 30.000 milliards de yuan.

En 1950, la Chine produisait moins de 3 pour cent de ce qui était produit dans le monde entier. Aujourd'hui, 12 pour cent.

Des 22 principales catégories industrielles, il y en a 7 dans laquelle la Chine est le premier producteur mondial.

Les numéros un, deux et trois du monde bancaire international sont chinois et tous trois appartiennent à l'État.

En 1950, la Chine produisait 160.000 tonnes d'acier, juste de quoi fabriquer un petit couteau de cuisine pour chaque habitant. L'an dernier, la production d'acier a été de 500 millions de tonnes – c'est plus que la production des États-Unis, du Japon et de la Russie ensemble.

En 2008, la Chine réalisait 22 pour cent de la croissance économique totale dans le monde. D'après l'ONU, cette année, elle franchira le cap des 50 pour cent.

Alors que le monde entier soupire et gémit sous la crise économique, la Chine connaîtra cette année aussi une croissance économique d'au moins 8 pour cent. À titre de comparaison : les 16 pays qui utilisent l'euro ont cette année une "croissance" négative de 4 pour cent.

La pratique réclame à cor et à cris un nouveau modèle économique Au fil des années, le Parti communiste chinois a projeté un modèle qu'il appelle « économie socialiste de marché ». « C'est à cela que nous devons notre succès économique », dit-il.

Ce modèle a été mis sur pied progressivement à partir de 1979, en tant qu'alternative au modèle soviétique classique, l'économie planifiée, modèle que la Chine a connu elle aussi jusqu'en 1979. Le modèle soviétique est né dans les années 1927-1929, après la mort de Lénine, le fondateur de l'Union soviétique. Tous les pays socialistes ont appliqué ce modèle après la Seconde Guerre mondiale.

L'économie planifiée, dans laquelle l'État accorde aux entreprises les moyens disponibles telles les matières premières et les finances, a connu ses succès et ses revers. Le modèle a permis à l'Union soviétique d'évoluer en très peu de temps, passant d'une situation de pays sous-développé au rang de seconde nation économique sur terre. Il a également permis à l'Union soviétique de vaincre le nazisme et, après la guerre, de se remettre rapidement sur pied sur le plan économique.

Mais, à partir des années 1960, l'économie soviétique régressait sur le plan de la croissance de la productivité, de l'efficience et du progrès économique en général. La planification centrale ne pouvait empêcher la prospérité et le bien-être des gens de ne croître que très modérément, pas plus qu'elle ne pouvait empêcher qu'intervînt une pénurie de longue durée de denrées de première nécessité et de biens de consommation. À partir des années 1960, l'économie capitaliste des centres – États-Unis et Europe occidentale – connaissait une croissance plus rapide que celle de l'Union soviétique. Trente ans plus tard, ç'allait être l'une des causes de la disparition de l'Union soviétique.

À la fin des années 1970, la Chine a connu une situation comparable à celle de l'Union soviétique au début des années 1960. Au cours du Premier Plan quinquennal, de 1952 à 1957, la planification centrale assurait une croissance économique spectaculaire mais, par la suite, le taux de croissance se mit à baisser sans arrêt.

Durant le Premier Plan quinquennal, la croissance de la productivité dans toute l'économie fut en moyenne de 8,7 pour cent par an. Durant le Troisième Plan quinquennal (1965-1970), elle était descendue à 2,5 pour cent et, durant le Quatrième Plan quinquennal (1970-1975), elle n'était plus que de 1,3 pour cent en moyenne par an.

Durant le Premier Plan quinquennal, les salaires réels dans les entreprises d'État augmentèrent de 5,4 pour cent en moyenne par an. Durant le Quatrième Plan quinquennal, cette croissance fut négative : - 0,1 pour cent en moyenne par an.

Entre 1957 et 1978, la consommation privée dans les campagnes augmenta de 1,9 pour cent par an et par habitant. Dans les villes, cette hausse fut de 2,6 pour cent. Aujourd'hui, cette hausse, tant à la campagne que dans les villes, est de trois à quatre fois plus élevée.

Entre 1958 et 1978, la production de céréales n'augmenta en moyenne que de 2,08 pour cent par an. C'est à peu près la même croissance que celle de la population.

En 1952, le rapport entre le nombre des habitants des campagnes et celui des villes était de 4,9/1. En 1978, ce rapport était exactement le même.

En 1952, 85 pour cent de la main-d'œuvre dans les campagnes était employée dans l'agriculture. En 1978, ce pourcentage était presque le même.

À la fin des années 1970, la majorité des entreprises d'État étaient déficitaires.

Bref, la pratique réclamait à cor et à cris un nouveau modèle économique susceptible d'assurer une croissance plus rapide de la productivité, des bénéfices pour les entreprises d'État, une plus grande efficience dans l'octroi et l'utilisation des moyens disponibles et la mise sur pied plus rapide d'une nation industrielle et moderne. Ce modèle devait allouer plus d'espace à l'économie individuelle et capitaliste et plus d'autonomie aux entreprises d'État sans compromettre ni perdre le contrôle de la base du socialisme, la propriété des secteurs les plus performants de l'économie plus (+) le pouvoir de l'État. Ainsi, la pratique contraignit à abandonner les vieux dogmes, peu efficients. Quand, en 1979, la Chine introduisit timidement les premiers mécanismes du marché dans l'agriculture, celle-ci connut une croissance explosive. Ce fut un encouragement à persévérer. Dans les quinze années qui suivirent, la Chine put mettre en place son modèle cohérent d'économie socialiste de marché.

Le marché socialiste et capitaliste Trois caractéristiques font la différence entre l'économie socialiste de marché et l'économie capitaliste de marché.

Dans l'économie socialiste de marché, l'État, via ses entreprises et holdings, a en main les piliers et les déterminants de la direction de l'économie, comme le secteur bancaire, la sidérurgie, les télécommunications, les transports, le secteur de l'énergie, l'exploitation minière…

En outre, l'appareil d'État n'est pas aux mains d'entrepreneurs capitalistes. Ceux-ci ne peuvent pas, comme cela s'est passé sous le capitalisme, s'unir en une classe socioéconomique prédominante et, par conséquent, ils ne déterminent pas non plus la politique socioéconomique de la nation.

Enfin, il y a des différences dans le fonctionnement du marché. Sous le socialisme, il y a une relation d'unité et de lutte entre l'État et le marché, relation dans laquelle l'État est le facteur le plus fort et celui qui décide. Bien que le marché soit le principal instrument de répartition des moyens disponibles parmi les entreprises, il n'est pas libre pour autant. Sous le socialisme, le marché fonctionne dans les limites du système social. C'est ce qui définit le caractère du marché. Ainsi, dans ses Plans quinquennaux et dans sa politique journalière, l'État chinois établit quelles sont les priorités, où et comment des percées seront réalisées, où et comment certains aspects vont devoir être corrigés. L'État encourage le parties individuelle et capitaliste de l'économie mais sa préférence va néanmoins aux entreprises d'État. En octobre 2008, l'État chinois a révélé qu'il allait lancer toute une série d'incitants pour une valeur de 4.000 milliards de yuan. Au moins 80 pour cent de ce montant colossal sera consacré à des commandes pour les entreprises d'État. Dans la libre économie capitaliste de marché, il y a également planification de l'État et intervention de l'État, mais seulement pour une part très minime et toujours axée sur la rentabilité des entreprises privées. Durant des périodes de crise et de guerre, la libre économie capitaliste de marché embraie rapidement sur un système où la planification et la coordination nationales sont beaucoup plus fortes. Mais, là aussi, le profit des entreprises privées est le principe prioritaire. Dans l'économie socialiste de marché, par contre, le développement socioéconomique général de la nation est le principe directeur.

Il ne fait absolument aucun doute que l'économie socialiste de marché crée de nouvelles contradictions. La principale est celle-ci : au fur et à mesure que l'économie croît et que les entreprises capitalistes deviennent elles aussi des géants, une tendance croîtra chez les capitalistes à vouloir assumer le contrôle de l'appareil de l'État. Comme ce fut toujours le cas, ces 60 dernières années, dans les moments cruciaux, la cohésion interne et la fermeté sur les principes du Parti communiste seront alors déterminantes.

La Chine change le monde L'économie socialiste a fait croître la Chine comme jamais aucun autre grand pays dans l'histoire ne l'a fait. La chose n'est pas passée inaperçue dans les pays d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine, où vit 80 pour cent de la population mondiale.

Depuis les années 1990, se met en place dans ces pays ce qu'on appelle le « consensus de Beijing », une approbation générale du modèle chinois de développement. Le consensus de Beijing prend de l'ampleur au fur et à mesure que le consensus de Washington ne cesse de s'affaiblir. Le consensus de Washington est synonyme de néolibéralisme, privatisation, démantèlement des programmes sociaux de l'État, vente aux États-Unis, à l'Europe occidentale ou au Japon des parties les plus rentables de l'économie nationale, octroi de tous les avantages aux couches les plus riches de la population… Tout cela allait en fin de compte faire grand bien aux pays du tiers monde, prétendaient les défenseurs du consensus de Washington. Le chemin serait bien çà et là, de temps à autre, douloureux mais il allait déboucher sur un avenir rayonnant.

C'est le contraire, qui s'est produit : la pauvreté a augmenté, les revenus ont stagné ou baissé, l'enseignement et les soins de santé sont allés à vau-l'eau. Le démantèlement des programmes sociaux a provoqué en Thaïlande une propagation plus grande du sida et, en Indonésie, la diminution des subsides alimentaires à ceux qui souffraient de la faim. Cerise sur le gâteau, le néolibéralisme provoquait de plus en plus de crises économiques en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Ces trente dernières années, il y a eu plus de cent crises économiques graves dans des pays en voie de développement considérés individuellement.

Le consensus de Washington a reçu le coup de grâce en 2008, quand les institutions financières de l'Occident, qui se croyaient supérieures, qui avaient toujours de bons conseils à vendre aux pays du tiers monde, se sont effondrées lamentablement, après quoi il s'en est suivi un chaos sans perspective dans toute l'économie capitalisme.

Peu de gens dans le tiers monde ont oublié comment les spécialistes des institutions financières occidentales les ont mis en garde, des années durant, contre l'effondrement des banques chinoises. Mais le tiers monde voit aujourd'hui comment ces mêmes banques chinoises doivent courir pour venir en aide au trésor américain, sans quoi le numéro un mondial va se retrouver en faillite, ou comment les chefs de bien des multinationales américaines se mettent à plat ventre pour remercier le seigneur Dieu qu'il existe un marché chinois, sans quoi ils peuvent prendre leurs cliques et leurs claques et fermer la boite. La revue d'affaires américaine Forbes écrit : « Ces prochaines années, la prospérité des États-Unis dépendra de ce qui se passera en Chine. Nous dépendons du bon vouloir des Chinois afin de pouvoir financer nos déficits budgétaires. Mais notre dépendance va plus loin. Notre commerce, notre sécurité, notre diplomatie, notre compétitivité ne peuvent croître si les choses ne vont pas bien en Chine. »

La punition encourue par le capitalisme hautain et arrogant qui, à partir du trafic des esclaves, s'est cru supérieur aux « Untermenschen », à ces 80 pour cent de la population mondiale vivant en Asie, en Afrique et en Amérique latine, cette punition est complète. Cela incite à une réflexion fondamentale. Le lauréat du prix Nobel et professeur d'économie Joseph Stiglitz écrivait récemment : « Cette crise passera. Mais aucune crise grave ne passe sans laisser de traces. De l'héritage de cette crise fait partie le combat à l'échelle mondiale entre les idées et à propos de la question de savoir quel système économique est le meilleur pour le peuple. Nulle part ce combat n'est mené avec plus d'acharnement que dans le tiers monde, parmi les gens d'Asie, d'Amérique latine et d'Afrique. Ici fait rage la bataille des idées entre le capitalisme et le socialisme. (…) Les pays du tiers monde sont de plus en plus convaincus que l'on ne doit pas embrasser les idéaux économiques américains, mais qu'on doit s'en écarter le plus rapidement possible. »

Les relations commerciales mettent sens dessus dessous les relations internationales La bataille des idées et le rejet du modèle américain sont aussi une conséquence de la modification des relations économiques dans le monde. La croissance économique de la Chine a fait que le pays est devenu de plus en plus actif sur la scène économique internationale. En vingt ans à peine, voilà ce qui a mis les relations sens dessus dessous.

Dans un volumineux rapport sur la collaboration économique entre l'Afrique et la Chine et l'Afrique et l'Inde, la Banque mondiale écrit : « Des décennies durant, le commerce mondial a été une question entre les pays développés du Nord et les pays en voie de développement du Sud, et entre les pays du Nord mutuellement. Mais, aujourd'hui, il y a un large courant d'investissements et de commerce entre l'Afrique et l'Asie. En l'an 2000, 14 pour cent des exportations africaines allaient vers l'Asie. Aujourd'hui, il s'agit de 27 pour cent. C'est presque autant que les exportations vers les États-Unis et l'Europe, les traditionnels partenaires commerciaux de l'Afrique. La part ouest-européenne des exportations africaines s'est réduite de moitié, durant la période 2000-2005. »

Le moteur de la collaboration économique entre l'Afrique et l'Asie est la Chine. Quarante pour cent des exportations africaines vers l'Asie sont destinées à la Chine.

Le commerce entre la Chine et les autres pays du tiers monde part du principe gagnant-gagnant : les deux partenaires doivent tirer avantage tous deux du commerce. En règle générale, cela signifie que la Chine fournit des infrastructures en échange de minerais et de pétrole. Ainsi, fin 2007, un vaste accord a-t-il été conclu entre le Congo-Kinshasa et la Chine, dans lequel il est écrit qu'en échange de minerais, la Chine va prendre en charge la construction de 31 hôpitaux (de 150 lits chacun), 145 cliniques ou centres de soins de santé (de 50 lits chacun), 4 grandes universités, 20.000 habitations sociales, la distribution d'eau de la ville de Lubumbashi, un nouveau siège du Parlement, 3.300 km de routes, 3.000 km de voies ferrées. Lors de la signature du contrat, le ministre congolais de l'Infrastructure, Pierre Lumbi, a déclaré : « Pour la première fois dans l'histoire, le peuple congolais sait à quoi vont servir notre cobalt, notre nickel et notre cuivre. »

Le journal The Economist écrit : « Cinquante ans d'aide européenne et américaine n'ont pas rapporté grand-chose à l'Afrique. Il en va autrement avec la Chine. En échange de pétrole et de matières premières, la Chine met en place les infrastructures africaines. »

Il est évident que, de la sorte, la Chine suscite beaucoup de bonne volonté et se fait de nombreux amis en Afrique et ce, au détriment des liens entre l'Afrique et les États-Unis et entre l'Afrique et l'Europe.

La même chose se passe en Amérique latine. Là aussi, les liens économiques ont déjà mené à la conclusion de traités de « partenariat stratégique » entre, d'une part, la Chine et, d'autre part, le Brésil, le Venezuela, le Mexique, l'Argentine, le Pérou, Cuba, la Bolivie et le Chili.

L'Asie elle aussi connaît ces changements. Déjà, en 2003, le New York Times constatait : « La domination américaine en Asie, vieille de cinquante ans, s'effrite de plus en plus. Aujourd'hui, les pays asiatiques se tournent en premier lieu vers la Chine. » Entre-temps, la situation a tellement évolué que même les rapports entre les États-Unis et le Japon, Taiwan et la Corée du Sud, les trois principaux alliés des États-Unis en Asie, se retrouvent sous pression. En 1995, la Corée du Sud et Taiwan exportaient chacune deux fois plus vers les États-Unis que vers la Chine. Dix ans plus tard, les deux pays exportaient déjà davantage vers la Chine. En 1995, le Japon exportait trois fois plus vers les États-Unis que vers la Chine. L'an dernier, la Chine est devenue la première destination des exportations japonaises.

Un rapport adressé au Congrès américain dit : « Les courants commerciaux modifiés changent également les rapports de dépendance. Le Japon, Taiwan et la Corée du Sud sont désormais davantage dépendants de la Chine. (…) Les relations économiques font en sorte qu'il y a aujourd'hui plus de collaboration politique et d'entente entre la Chine et le Japon, Taiwan et la Corée du Sud. » Cela coïncide avec l'effritement de plus en plus prononcé de l'influence américaine en Asie.

Sur les trois continents du tiers monde, se produit le même phénomène. Partout semble venir la fin de la période coloniale. Au siècle dernier, et surtout après la Seconde Guerre mondiale, des dizaines de nations du tiers monde ont arraché leur indépendance. Mais, dans de très nombreux cas, cette indépendance ne fut qu'apparente et elle changea très peu de chose à leur sous-développement. La présence de la Chine sur la scène internationale contribue désormais à une réelle indépendance de ces pays et à leur développement.

L'article ci-dessus date du 1er octobre 2009 et est de la plume de Peter Franssen, rédacteur de www.infochina.be .

Sources :

–Basu, Kaushik. Asian Century | A Comparative Analysis of Growth in China, India and other Asian Economies (Le siècle asiatique. Une analyse comparative de la croissance de la Chine, de l'Inde et d'autres économies asiatiques), Department of Economics, Cornell University, New York, 2009.

–Broadman Harry. Africa's Silk Road | China and India's New Economic Frontier (La route de la soie de l'Afrique. La Chine et la nouvelle frontière économique de l'Inde), The World Bank, Washington, 2007.

–« Contrat Chine-RDC : encore des éclaircissements », Le Potentiel, 10 mai 2008.

–Datta, K.L.. Central Planning | A Case Study of China (Planification centrale/ Etude d'un cas : la Chine), Concept Publishing Company, New Delhi, 2004.

–Deng Xiaoping. « Points essentiels des propos tenus à Wuchang, Shenzhen, Zhuhai et Shanghai », dans : Textes Choisis, Éditions en langues étrangères, Beijing, 1994, Tome III, pp. 379-393.

–Economic Management Department Worldbank, From poor areas to poor people : China's evolving poverty reduction agenda | An asessment of poverty and inequality in China (Département du management économique de la Banque mondiale : Des régions pauvres aux gens pauvres : Agenda chinois de l'évolution de la réduction de la pauvreté. Une évaluation de la pauvreté et de l'inégalité en Chine), New York, 2009.

–Eunjung Cha Ariana. « China Uses Global Crisis to Assert Its Influence » (La Chine utilise la crise mondial pour affirmer son influence), The Washington Post, 23 avril 2009.

–Franssen, Peter. « Le développement du socialisme en Chine », dans : Études marxistes, n° 78, Bruxelles, 2007, pp. 13-115.

–Gabriele Alberto et Francesco Schettino. Market Socialism is a Distinct Socioeconomic Formation Internal to the Modern Mode of Production (Le socialisme de marché est une formation socioéconomique distincte inhérente au mode moderne de production), Unctad, Genève, 2008.

–Gabriele Alberto. The Role of the State in China's Industrial Development : a Reassesment, (Le rôle de l'État dans le développement industriel de la Chine : une réévaluation), Unctad, Genève, 2009.

–Gao Lu. « Seemingly Easy Struggle of Adopting Socialist Market Economy » (La lutte apparemment facile de l'adoption de l'économie socialiste de marché), Jingji Ribao, 14 novembre 1992.

–Faiola Anthony et Mary Jordan. « Developing Nations Set to Get More Say » (Les nations en voie de développement en mesure d'avoir plus à dire), The Washington Post, 31 mars 2009.

–Guo Fei. « Some thoughts on deepening the reform of ownership structure » (Pensées sur l'approfondissement de la réforme de la structure de la propriété), Social Sciences in China, Vol. XXIX, n° 4, novembre 2008, pp. 81-97.

–« Liu Guoguang on socialist market economy' » (LG sur l'économie socialiste de marché), Xinjiang Ribao, 20 novembre 1992.

–Ma Hong. « Establish a New Socialist Market Economic Structure » (Établir une nouvelle structure d'économie socialiste de marché), Jingji Yanjiu, 12 novembre 1992.

–Moffett Sebastian. « Japan Gets Shelter via China Trade » (Le Japon à l'abri grâce au commerce chinois), Wall Street Journal, 5 février 2008.

–Kornai Janos et Yingyi Qian. Market Socialisme in the Light of the Experiences of China and Vietnam (Le socialisme de marché à la lumière des expériences de la Chine et du Vietnam), Palgrave Macmillan, New York, 2009.

–Nanto Dick K. et Emma Chanlett-Avery. The Rise of China and Its Effect on Taiwan, Japan, and South Korea (La montée de la Chine et son effet sur Taiwan, le Japon et la Corée du Sud), CRS Report for Congress, Washington 2006.

–National Bureau of Statistics, China Statistical Yearbook (Livre annuel des stat. chinoises), China Statistics Press, Beijing, 2008.

–Perlez Jane. « Asian Leaders Find China a More Cordial Neighbor » (Les dirigeants asiatiques trouvent en la Chine un voisin plus cordial), The New York Times, 17 octobre 2003.

–Shankar Acharya. « Rising India labours in the shadow of Asia's real giant » (La montée de l'Inde s'opère dans l'ombre du véritable géant asiatique), Financial Times, 29 juillet 2009.

–« Special report on China's quest for resources » (Rapport spécial sur la recherche de ressources par la Chine), The Economist, 15 mars 2008.

–Stiglitz Joseph. « Wall Street's Toxic Message » (Le message empoisonné de WS), Vanity Fair, juillet 2009.

–Thwaites Christian. « China To the Rescue » (La Chine à la rescousse), Forbes, 30 mars 2009.

–Zhang Jiawei. « China enters list of lower-middle-income countries » (La Chine entre dans la liste des pays à revenu moyen inférieur), China Daily, 8 septembre 2009.

–Zhang Xudong. « Statistics Show China's Achievements, Deficiencies Over Past 60 Years » (Les statistiques montrent les réalisations et les déficiences de la Chine ces 60 dernières années), Xinhua, 18 août 2009.

–Zhu Shilong. « Interview with Liu Guoguang » (Interview de LG), Zhongguo Jizhe, 15 novembre 1992.

http://www.infochina.be/fr/node/329

mercredi 14 octobre 2009

BELGIQUE: DAMPREMY: Al bwèsse à music ..., chez Mémé Loubard ... samedi 19 décembre 2009...

 

From: claudine
Sent: Wednesday, October 14, 2009 10:24 AM
To:
 

Claudine Mahy alias Mémé Loubard en concert

Organisateur :

Claudine Mahy alias Mémé Loubard, LE FAN CLUB....

Type :

Musique/Arts - Concert

Réseau :

Mondial

 

 

Date :

samedi 19 décembre 2009

 

Heure :

20:00 - 23:55

 

Lieu :

Al bwèsse à music 94 rue Jules Houssière 6020 Dampremy

Description

Venez écouter notre Mémé Loubard et Cathy M dans un tour de chant qui va vous surprendre, elle se partage la scène......

Vous serez agréablement surpris de découvrir Cathy M. par son talent et sa voix.


Notre Mémé de X Factor compte sur vous...

Réservation souhaitée : 0477/720538

P.A.F : 10 €

 

                             

         Mémé loubard                                              Caty-M

 

 

lundi 12 octobre 2009

Pétition : Pour l'indépendance de la Belgique vis-à-vis du Vatican

Sent: Monday, October 12, 2009 5:01 PM
Subject: Fw: Pétition : Pour l'indépendance de la Belgique vis-à-vis du Vatican


 
---------- Message transféré ----------
De : LaPetition.be <confirmation@lapetition.be>
Date : 12 octobre 2009 14:00
Objet : Pétition : Pour l'indépendance de la Belgique vis-à-vis du Vatican
À : Neutralité de l'Etat <6000charleroi@gmail.com>


Bonjour,

Je voudrais attirer ton attention sur un sujet qui me tient à coeur.

Si toi aussi tu y es sensible je t'encourage à aller signer la pétition et à faire suivre cet Email à tes contacts.

Adresse de la pétition : http://www.lapetition.be/petition.php?petid=5207

Pétition : Pour l'indépendance de la Belgique vis-à-vis du Vatican

La canonisation du "Père Damien" a été l'occasion d'un déplacement massif de représentants de l'Etat belge à Rome, où ils sont allés, au nom de tous les Belges, faire acte de soumission devant Benoît XVI, à la fois chef d'Etat et chef religieux.

On a ainsi vu le Roi Albert II (qui a pourtant prêté le serment de "maintenir l'indépendance nationale") se prosterner en signe d'allégeance devant Josef Ratzinger (mieux connu sous le nom de Benoît XVI), tandis que la Reine Paola se couvrait la tête d'un voile, en signe de soumission. C'est une grave violation de la neutralité de l'Etat belge en matière religieuse et un acte de soumission devant un chef d'Etat étranger.

Le représentant diplomatique à Bruxelles de l'Etat du Vatican, le "nonce apostolique", jouit par ailleurs de privilèges exorbitants, lui donnant un droit de préséance sur tous les autres représentants diplomatiques accrédités en Belgique, du seul fait qu'il représente aussi les autorités catholiques romaines.

Les signataires exigent que cessent les manifestations publiques d'allégeance des représentants de l'Etat et/ou des "entités fédérées" à une religion, quelle qu'elle soit, et, le cas échéant, aux autorités qui la représentent. Ils exigent pareillement la fin de tout privilège accordé à quelque représentant diplomatique que ce soit su base de considrations d'ordre religieux.



Merci à toi.



Neutralité de l'Etat



http://www.lapetition.be/petition.php?petid=5207
 
Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur le Vatican (publication personnelle en cours de RoRo: prière de s'inscrire en m'envoyant un mél, svp: romaincourcelles@hotmail.com ):
 
Subject: "LE VATICAN CONTEMPORAIN", retracé du moins jusqu' en 1962..., jusquà la page 10, en attendant progressivement les suivantes.




"LE VATICAN CONTEMPORAIN", retracé du moins jusqu' en 1962...

Je publierai progressivement ce retracé politico-historique, au fur et à mesure de mes disponibilités, sur "paix _ socialisme _ communisme" ...

Bienvenue et bonne lecture à tous mes correspondants qui auront la patience de le lire jusqu' au bout ! Cela en vaut peut être la peine ... (???).

RoRo12

03/09/2008

 

Chapitre premier

LTAT DE LA CITE DU VATICAN

Le Vatican est tout à la fois un État microscopique enclavé dans Rome et le centre de l'Église catholique romaine (1) .

II est devenu un État aux termes du traité de Latran, conclu en 1929 entre Pie XI et le gouvernement fasciste de Mussolini. L'article 3 de ce traité stipule: «L'Italie reconnaît au Saint-Siège l'entière propriété, le pouvoir exclusif et absolu, et la juridiction souveraine sur le Vatican dans sa composition actuelle, avec toutes ses dépendances et dotations, instituant ainsi, à des fins particulières et dans les modalités stipues au présent trai, la Cite du Vatican.»

Ltat du Vatican ne ressemble à aucun autre État du monde en ce sens qu'il n'a ni ouvriers, ni paysans, ni industrie, ni agriculture. C'est un minuscule État ecclésiastique dont le souverain absolu est le pape de Rome, chef de la catholici.

(pages 1, 2, 3)

I Le Vatican est une colline située sur la rive droite du Tibre, dans le nord-ouest de Rome. Ce fut dans l' antiquité un lieu de culte et de vaticinations. d'où, vraisemblablement, son appellation. L'un des dieux de la mythologie romaine était Vaticanus qui, assurait-on, faisait pousser à l'enfant son premier cri. (Voir Gaston Boissier: La religion romaine d'Auguste aux Antonins, Paris 1906, p. 4). Après que le christianisme fut devenu la religion d

État de l'Empire romain, le Vatican devint un haut lieu du culte chrétien. C'est à la fin du Ve siècle et au début du VIe que I' on a commencé à bâtir les édifices de l' éché de Rome. Depuis la fin du XIVe siècle, le Vatican est la résidence permanente des papes.

Pendant onze siècles, de 756 a 1870, il a existé sur le territoire de l' Italie actuelle des États pontificaux (ou États de 1'Église) où la plénitude du pouvoir temporel appartenait au clergé catholique. Le pape de Rome était chef de cet État caractérisé par 1'exploitation féodale des masses populaires et le joug de 1'Église catholiqueSur la fin, les États pontificaux comptaient parmi les puissances les plus réactionnaires d'Europe.

Laissons parler l'Histoire universelle de Schlosser (1776-1861): « Les États pontificaux étaient régis par un enchevêtrement de lois, édictées depuis des siècles; les législations civile et ecclésiastique étaient confondues. .. Partout sévissaient les espions et les déla­teurs ... Le pape et ses conseillers n'avaient ni le temps ni 1'envie de s'occuper de leurs sujets ... Aussi, 1'idée que des réformes fussent nécessaires ne pouvait leur venir à 1'esprit. »

Un contemporain du pape Grégoire XVI (dont le pontificat dura de 1831 a 1846) nous rapporte que toutes les provinces des États de 1'Église «se trouvaient en état de siège; la cour martiale siégeait en permanence; les prisons et les lieux de déportation étaient bondés; le gibet et 1'échafaud rivalisaient d'activité 2 ».

Dans l'ouvrage qu'il fit paraître en 1901 sur 1'histoire de 1' Italie, le célèbre historien russe Eugène Tarlé écrivait au sujet du régime des États pontificaux: « Rome était administrée par un cardinal, exerçant les fonctions de préfet de police... Le désordre administratif était épouvantable, parce que les prélats, les prêtres subalternes et les moines-policiers s'acquittaient de leurs devoirs de façon détestable, ils volaient, et étaient connus pour leurs concussions et leurs dérèglements...

1 F. Schlosser: Weltgeschichte tur das deutsche Volk, 2.Ausg.
Bd.16, Oberhausen und Leipzig 1874, S. 404.

2 M. Pinto: Pie IX et La révolution, voir dans la revue Vestnik Evropy (Courrier de l'Europe), juin 1867, p. 264.

La justice était rendue par quatorze tribunaux ecclésiastiques, dispersés à travers le pays et composés exclusivement de clercs désignés. La censure était monstrueusement tatillonne. Dante était à 1'index, et aussi l' Ancien Testament, et Pétrarque. On était emprisonné pour avoir lu Boccace ... Les jésuites avaient la haute main sur les universités de Rome et de Bologne, ils châtiaient durement les étudiants qui osaient parler de la rotation de la Terre.  La misère des populations n'empêchait nullement 1'administration ecclésiastique de les pressurer d'impôts et de redevances. Par sa cruauté irréfléchie, la fiscalité abusive pratiquée dans les États pontificaux obligeait les habitants des villages à fuir au hasard ... ».
Tel était le régime institué dans 1'État où le pouvoir absolu était exercé par le pape et son clergé

Selon Stendhal: « Le pape exerce donc deux pouvoirs fort différents: il peut faire, comme prêtre, le bonheur éternel de 1'homme qu'il fait assommer comme roi 1.»

L'arbitraire sévissant dans les États pontificaux suscitait les protestations du peuple. Mais celles-ci étaient réprimées avec une extrême dureté. Dans ses dernières années, le pouvoir temporel du pape s' appuyait sur les baïonnettes françaises et autrichiennes. Les meilleurs fils du peuple italien, luttant pour 1'unification du pays, désiraient aussi la suppression des États pontificaux, qui constituaient un grave obstacle à 1'unité nationale.

En 1870 1'unification définitive de l'Italie mit un terme à l'existence des États pontificaux. Leur territoire de 16000 milles carrés, avec sa population de plus de trois millions d'habitants, s'intégra dans le royaume d'Italie. Le pape se vit dépouillé de son pouvoir temporel; et, dans ce pays où 1'influence de l'Église catholique était et est encore très forte, il ne trouva guère de défenseurs.

1  Promenades dans Rome, t.1, Paris 1829, p. 7.


(Pages 4 et 5)

 

A l'heure actuelle, le pape et l'épiscopat catholique, qui répandent parmi leurs ouailles des notions fausses sur le communisme, voudraient les persuader que seule la stricte observation des préceptes du catholicisme peut conduire l'humanité à une société meilleure. Or, le pape et ses évêques avaient une magnifique occasion de faire éclater la supériorité de la voie où ils voudraient que s'engagent les hommes. Pendant onze siècles, ils ont gouverné tout un Etat! Mais ils n'y ont pas fait régner, tant s'en faut, une vie de bonheur et d'équité pour les masses populaires.

La superficie de la Cidu Vatican est aujourd'hui de 108,7 acres (sans compter 13 édifices à Rome hors de l'enceinte du Vatican). Sa population est d'un millier de personnes, dont 700 sujets du Saint-Siège. Le Vatican possède une ligne de chemin de fer de quelques centaines de mètres, rattachée au réseau ferroviaire italien; une centrale électrique, une station de radiodiffusion, une monnaie, des timbres - Poste, une école primaire et même une prison. Cet Etat gouverné par le vicaire du Christ, et qui compte à peine mille habitants, ne peut se passer d'une prison!

En tant que monarque temporel, le pape dispose d'une armée (100 gardes-suisses) et d'une gendarmerie de cent hommes environ. Les gardes-nobles (100 hommes, choisis parmi l'aristocratie romaine) et la garde palatine (500 bourgeois de Rome) sont des formations non permanentes créées pour les rémonies solennelles' du Saint-Sge.

Le Vatican est une monarchie absolue. En vertu de la loi fondamentale promulguée en 1929, le pape exerce la plénitude du pouvoir législatif, exécutif et judiciaire. Un gouverneur assume en son nom les fonctions administratives. Il existe une commission pontificale pour l'expédition des affaires de l'Etat, composée de deux cardinaux, d'un évêque-secrétaire et d'un conseiller général.

(page 6)

Autrefois, le pape était choisi parmi la grande aristocratie féodale, italienne le plus souvent. C'était au moyen âge un des signes du caractère foncièrement féodal de l'Eglise catholique et de sa hiérarchie.

Plus tard, on vit sur le trône pontifical des représentants des banques et de l'industrie. Cela traduisait la métamorphose de l'Egliscatholique qui, dans les pays capitalistes industriellement évolués, se mettait idéologiquement, politiquement et moralement au service de la bourgeoisie.

Ainsi, de 1914 à 1922, le titulaire du Saint-Siège fut Benoît XV (marquis Giacomo della Chiesa), membre d'une grande famille noise  apparentée à la haute finance italienne. Son successeur, de 1922 à 1939, fut Pie Xl (Achille Ratti), issu de la grande bourgeoisie lombarde. C'est à lui que l'on doit la phrase fameuse, prononcée au lendemain de la signature du Traité de Latran: « Si c'était nécessaire pour le salut des âmes, je m'entendrais volontiers avec le Diable ... 1»

A Pie Xl succéda, de 1939 à 1958, Pie XII (Eugenio Pacelli), rejeton d'une dynastie de richissimes banquiers. Cette famille a des attaches étroites avec la haute finance italienne et internationale. En 1911, le prince Volkonski, représentant du gouvernement du tsar auprès du Saint-Siège, mandait à Pétersbourg que le Vatican et, plus particulièrement, la famille Pacelli avaient des intérêts dans la guerre qui venait d'éclater entre l'Italie et la Turquie. « La guerre déclenchée à l'occasion de Tripoli entre l'Italie et la Turquie, écrivait-il, ne peut manquer d'intéresser le Vatican ... L'opinion publique est unanime à reconntre l'intérêt que porte le Saint-Siège à la nouvelle crise ... Les relations bien connues entre le Vatican et le Banco di Roma pèsent plus que toute autre chose dans la balance.

1 Ch. Hugo Doyle: We have a pope. The life of pope Pius

XII, New Jersey" 1942, p.ll. .

 

(page 7)

 

Il suffit de rappeler qu'à la tête de cet établissement se trouve M. Ernest Pacelli, représentant des milieux cléricaux romains, oncle d'une étoile montante de 'la diplomatie vaticane, monsignor Eugenio Pacelli (le futur Pie XII. M.C.). Le rôle considérable joué par cette banque dans le conflit actuel est tellement évident qu'il est même surestimé dans l'opinion romaine, où l'on va jusqu'à affirmer que la crise a été provoquée précisément par les activités de la Banco di Roma 1. »

A la différence des trois souverains pontifes précédemment nommés, l'actuel pape Jean XXIII (Angelo Giuseppe Roncalli), porté au pontificat en octobre 1958, est issu d'une famille paysanne. La propagande cléricale voudrait en profiter pour attirer à l'Eglise les sympathies des couches prolétariennes. Mais l'accession du nouveau pape n'a pas mué le Vatican en un rempart de la démocratie, il s'en faut de beaucoup. Comme sous les autres papes, le Saint-Siège demeure le défenseur du capitalisme. Il n'est que de se reporter, pour s'en convaincre, à la politique actuelle du Saint-Siège et aux propos du pape lui-même sur les questions majeures de l'actualité internationale.

Le Vatican et les princes de l'Eglise catholique (et pas seulement catholique!) sont indissolublement liés au monde de l'Industrie et de la haute finance. Cette liaison avait été signalée dès le début de ce siècle par un grand militant du mouvement socialiste français et international, Paul Laf'argue. Voici un texte de lui datant de 1903:  « Les Morgan et les Rockefeller sont des bâtisseurs d'Eglises et d'Universités... et prêtres et professeurs se dévouent à complaire aux volontés des manieurs d'or ... Les prêtres de toutes les Eglises sont  

1 Les relations internationales à l'époque de l'impérialisme, 2e partie, Moscou 1938, pp.125-126.

( page 8) 

agenouillés devant les grands capitalistes, ces dieux pour de vrai, qui leur donnent le manger, le coucher et le reste! ... »

Depuis l'époque où Lafargue écrivait ces lignes, les intérêts économiques et politiques du Vatican et des oligarchies ecclésiastiques se sont confondus plus étroitement encore avec ceux de la bourgeoisie.

Le Vatican et beaucoup d'organisations qui lui sont affiliées possèdent d'énormes capitaux. Le détail de ces affaires financières est tenu strictement secret, et il est rare que quelque chose en filtre dans la presse. C'est pourquoi il est impossible de recenser complètement les richesses du Vatican, d'analyser la totalité de ses liaisons avec la banque et l'industrie. Qu'il nous suffise de reproduire quelques données publiées à ce jour.

Le Vatican possède des actions pour une somme de 12 milliards de dollars 2.

Il faudrait des pages rien que pour dresser la liste des banques et compagnies d'assurances, des trusts et sociétés anonymes où le Vatican a des intérêts. «A travers 40 banques centrales, une centaines de banques publicitaires, le Vatican tient plus de 400 milliards sur les 600 milliards de l'épargne italienne 3.» 

L' Osservatore Romano, organe du Vatican, publie des annonces publicitaires, le plus souvent pour le compte de produits pharmaceutiques, considérant sans doute qu'il sied  à un journal ecclésiastique d'imiter la publicité du reste de la presse. Toutefois, des exceptions sont tolérées en faveur de certaines banques et sociétés anonymes dont les attaches avec le Saint-Siège sont particulièrement étroites. Ainsi, en page 2, à côté de textes éminemment édifiants, l'Osservatore Romano

 

1. Lafargue: Les trusts américains, Paris 1903, pp. 12-13

2. G. Heyden, H. Ullrich : Im Namen Gottes, Berlin 1959, p. 139

3. Roger Garaudy: L' Eglise, le communisme et les chrétiens, Paris 1949, p. 156 

(page 9)

insère la publicité de la Banco di Roma qui, lisons-nous, possède un capital de 12 milliards et demi de lires et compte 200 succursales en Italie et à l'étranger. Dans le même journal, nous trouvons la réclame de la Banco Commerciale Italiana, de la Banco Ambrosiano et autres établissements, également liés au Saint-Siège.
D'après le publiciste allemand G. Baumann, le Vatican est une grande puissance financière à l'échelle mondiale , et pas seulement italienne. Il est allié à la haute finance d'Italie, de France, de Belgique, du Luxembourg, de Suisse et d'Amérique du Sud. Le Vatican et, plus généralement, l'Eglise catholique possèdent des capitaux et des investissements énormes en Espagne, au Mexique, en Afrique, en Extrême-Orient, aux États ­- Unis. Le Vatican est l'associé de la maison Rothschild et de la dynastie américaine des Morgan.
L'oligarchie suprême de l'Eglise catholique, écrit P. Togliatti, «est devenue je ne dirais pas un appendice, mais une partie intégrante du grand capital. Cela est . particulièrement vrai pour notre pays, où. nous apprenons chaque jour que le Vatican a acheté des actions tantôt d'une société, tantôt d'une autres ».
Comme l'indique R. Garaudy, le Vatican a investi des centaines de millions de francs en France, 35 milliards de francs aux États-Unis, et 60 milliards dans plusieurs autres pays. Il n'est pas jusqu'aux maisons de jeu de Monte-Carlo, de Vichy ou de Biarritz qui ne rapportent au Vatican, actionnaire de ces établissements.
Encore tout cela ne donne-t-il qu'une idée approximative des richesses du Vatican, un des rares États au monde à ne pas publier son budget


1 Osservatore Romano n°s 1, 2, 5, 7-8, 17, 19,25, 31 XII 1959; 1, 5-6, 7, 9, 14 16, 21 VI 1961, etc.
2 Voir G. Baumann: Atlantikpakt der Konzerne. Berlin 1952, S.97 . 
3 Pour une paix ' durable, pour une démocratie populaire, 15-I-1948.
4.Roger Garaudy: L'Eglise, le communisme et les chrétiens, p.159.

(page 10)

 

mardi 29 septembre 2009

CHARLEROI: à La Braise: Soirée débat

 

Sent: Tuesday, September 29, 2009 9:52 PM
To: 
Subject:  Soirée débat


 
 

La Braise culture asbl

 

Le mardi 6 octobre 2009

à 19 h 30

Analyse du budget

de l'Etat fédéral

Pistes de solutions de gauche

Avec  Raoul HEDEBOUW, porte-parole national du PTB

Secrétaire provincial du PTB Liège

Coauteur du livre « Priorité de gauche, pistes rouges pour sortie de crise » ,

paru aux Editions Aden

Marco VAN HEES , Expert en fiscalité

Auteur du livre « Didier Reynders, l'homme qui parle à l'oreille des riches »

paru aux Editions Aden

 

Salle La Braise, 21 rue Zénobe Gramme 6000 Charleroi

 

Paf : 2,50 € (chômeurs, étudiants, etc. : 1,50 €)

Ed. resp. : Marc van Campen, rue Zénobe Gramme 21

vendredi 25 septembre 2009

Après le décès de mes deux parents: les banques ne seront jamais à sec ...

Après le décès de mes deux parents: les banques ne seront jamais à sec ...
 
Comme on le sait, mon père est décédé le 01 juin 2009, à l'âge de 94 ans, après 35 jours d'hospitalisation  (je reviendrai probablement sur ce sujet). Et ma mère l' a suivi le 04 août 2009, après 69 jours d'hospitalisation également.
 
Avec une pension de retraite ménage de quelque 1.250 euros par mois, mes parents n' avaient rien de gros, ni même de petits, épargnants...
 
Ils avaient juste un simple compte courant à la Banque de la Poste afin de percevoir leur pension, payer leurs dépenses courantes: les courses, soins de santé, électricité, chauffage, téléphone, télédistribution, eau courante, multiples taxes, redevances, assurances, etc, etc...
 
Leur compte à la banque est désormais inutile et je l' ai fait fermer évidemment.
 
Après l' avoir bloqué pendant 3 mois et m' avoir imposé de multiples tracasseries, démarches, déplacements, frais, pertes de temps, j' ai reçu la note de la banque: 4.000 fb (100 euros), retenus d'office par la Banque de la Poste, pour ses ... frais.
 
Dès lors, je me suis livré à un petit calcul peut être un peu simpliste. Suivez-moi bien :
 
-comme la Belgique est peuplée de plus de 10 millions d' âmes qui ouvriront probablement UN compte courant de leur vie et qu'ils s'éteindront aussi un jour, rien que pour cette opération de fermeture-succession, les banques se serviront pour un montant de 40 milliards de fb (1 milliard d' euros).
 
Et comme ces 10 millions de Belges et ces 40 milliards de fb vont faire des petits et des intérêts et que les banques n' arrêteront pas d'indexer régulièrement leurs "frais", histoire de tenir le coup, leurs caisses ne seront jamais à sec ...
 
Moralité: ne multipliez pas vos comptes inutiles chez les banques. Ces comptes sont gratuits à l'ouverture. Mais pour les fermer et récupérer leur contenu, c' est une autre histoire ...
 
RoRo
Courcelles
 
 

samedi 29 août 2009

COURCELLES: tous nos remerciements, à la suite du décès de ma mère, Yvonne ROMAIN-MESSE, le 04 août 2009

 

Sent: Saturday, August 29, 2009 8:24 PM
Subject: COURCELLES: tous nos remerciements, à la suite du décès de ma mère, Yvonne ROMAIN-MESSE, le 04 août 2009

 
 
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jeudi 6 août 2009

COURCELLES: encore une triste nouvelle: ma mère Yvonne MESSE, a/militante communiste, s'est éteinte à son tour ce mardi 04 août 2009, après une longue hospitalisation de 65 jours...

COURCELLES: encore une triste nouvelle: ma mère Yvonne MESSE, a/militante communiste, s'est  éteinte à son tour ce mardi 04 août  2009, après une longue hospitalisation de 65 jours...
 
Ma mère, en compagnie de mon père, ne connut pas non plus une existence toujours facile ...
Elle est née à Pont-à-Celles le 09 novembre 1919, dans une famille nombreuse, d'un père belge (Oscar MESSE) et d'une mère française (Marie-Rose FAUCHART, née à Caudry, dans le Nord). D'un première mariage, son père avait déjà 2 filles: Madeleine et Alice. De son second mariage, il eut 4 filles: Yvonne, Renée, Raymonde et Fernande.
Ainée, elle ma mère dut très tot s'occuper de ses soeurs, plus jeunes.
C'était encore l'époque où l'on n'avait pas toujours l'occasion de terminer son cycle de 6 années d'école primaire. Les enfants des grosses familles pauvres se rendaient encore en classe en sabots et encore enfants, ils partaient "à briques" ... Ma mère en compagnie de ses parents dut y aller également dans le Nord de la France et ensuite elle fut "mise en service" dans une famille bourgeoise, menée par une femme arrogante et avare... 
Fin des années '30, elle décide de partager son existence avec mon père Roger ROMAIN avec qui elle se marie le 23 septembre 1939. Mon futur père était mobilisé pour la guerre depuis le 1er septembre 1939...
Pour pouvoir se marier, il dut obtenir l' accord de son commandant de compagnie et obtint ... 1 jour de congé.
Dès lors, elle s'installe chez ses beaux-parents, une famille de chiffonniers, de père en fils. C' est chez eux que je naquis le 02 avril 1940.
10 mai 1940, c'est la guerre et mon père est au front. Mes grands-père, ma mère et moi, âgé d'à peine 6 semaines, évidemment, nous embarquons bien inutilement dans le flot des réfugiés fuyant les Allemands en évacuant vers la France, jusqu'au-delà de Valenciennes, au milieu des combats et des bombardements, au travers de communes en ruines et de maisons détruites et abandonnées...
Le 2 mai 1940, à la fin de la campagne des 18 jours, mon père est prisonnier des Allemands dans les Flandres et s'évadent, avec un compagnon, d'une colonne pédestre de prisonniers de guerre en route pour 4 ans vers les stalags de l'Allemagne nazie. De braves flamands leur donnent des vêtements civils et ils peuvent ainsi regagner leurs domiciles en Wallonie.
Dès ce moment, mon père devint réfractaire au travail en Allemagne et doit donc se cacher pendant une bonne partie de la guerre. Pour vivre, en cachant aussi des Juifs, ils fabriquent des savonnettes qu'ils vont revendre au porte à porte dans d'autres régions du pays, y compris Bruxelles
1943, encouragés par ses parents, mon père suit leur voie et devint membre du Parti communiste clandestin...
Dès la fin de la guerre, il trouve enfin un peu de travail: comme garde de nuit des convois militaires Us à la douane de Charleroi, il descend par la suite dans les égouts pour les nettoyer, s'engage ensuite comme mineur du fond au Charbonnage de Mariemont-Bascoup où périrent en 1950, lors d'un coup de grisou, 38 de ses ex-compagnons de travail, dont ses 2 beaux-frères, Pierre STANSON et Henri CHIRAC.
Août 1945 naît ma soeur Marie-Claire qui décèdera malheureusement en décembre 1945 des suites d'une infection pulmonaire. Ma mère fut très affectée par son dècès et ne s'en remettra jamais complètement ...
Vers 1946-1945, mon père parvint à quitter le charbonnage et entre aux Acec comme planeur de toles à la chaudronnerie, jusqu'à la prise de sa pré-pension et 1975... Il prend part aux luttes ouvrières aux côtés de ses compagnons de travail, grâce à une puissante FGTB, poussée par une très forte section d'entreprise du Parti communiste. Mon père devient délégué syndical jusqu'à son départ...
A la même époque mon père succède à Gustave DUBOIS, en tant que secrétaire politique de la puissante section communiste de COURCELLES. Dès lors, ma mère partage toutes ses activités militantes aux Parti et au sein du Rassemblement des Femmes pour la Paix. Elle devint aussi une ardent militante et fait souvent équipe lors des campagnes du Parti et du RFP avec Lucienne GLINEUR-DECHAMP, l'épouse du député communiste courcellois.
Ce sont de très nombreuses réunions en soirée et tous nos dimanches sacrifiés pendant des années (on travaille encore à ce moment 6 jours sur 7 dans les entreprises).
Tout gosses, je vis dans ce milieu militant, j'y grandi et j'y prend gout également. Mais c' est encore une autre histoire à écrire ...
Dans le quartier de la Réguignies, Hamal et des Fonds de Corbeaux, mon père recrute 80 nouveaux membres cotisants au Parti et reçoit les félicitations nationales comme l'un des meilleurs recruteurs... Dans ce quartier, avec ma mère, il diffuse chaque dimanche plus de 60 "Drapeau Rouge", journal du Parti.
C'est le début de la Guerre Froide, de la campagne anti-soviétique et anti-communiste acharnée et la Révolution chinoise et le Parti y perd malheureusement des plumes en influence et en militants...
Mon père reprend une tournée de diffeur militant dans le quartier du Trieu des Ageanx et ma mère une autre dans le quartier de Forrière et de Sart lez Moulin où elle recueille énormément de sympathie et chaque mois mes parents diffusent en plus jusqu'à 80 exemplaires de la revue soviétique "L'Urss en reconstruction" devenue ensuite "L'Union soviétique".
Pour parvenir à cela, "j'hérite" tout gosse de la tournée dominicale de mes parents dans les quartiers Hamal, Fonds de Corbeaux. Je la garderai, jus'en 1990, époque où je suis "suspendu" (sic) du Parti pour mes divergences politiques au plan international et mes sympathies ptbistes...
Chaque soir, ma mère et moi, à l'écoute de Radio Moscou, Radio Prague, Radio Budapest, Ce Soir en France, nous nous tenons informés des événements internationaux.
Ma mère restera une militante très active jusqu'au début des années '50.
Elle sera encore présente en participant encore activement à la campagne électorale de 1961 qui connut une importante avancée électorale grâce l' excellent travail des militants communistes lors de la grande grève du Million qui dura plus de 6 semaines contre la fameuse Loi unique du Psc Gaston EYSKENS. Déclenchée à Charleroi par les communistes, elle s'étendra à tout le pays...
Le début et la décennie '50 ne furent pas faciles pour les communistes: après la "Crise de Berlin", viennent la campagne mondiale de signatures au bas de l' Appel de Stockholm contre la bombe atomique, la grande grève contre Léopold III, la guerre de Corée, Suez, Budapest et en Belgique la grève des métallos, la grève des mineurs, le soutien au Fln lors de la guerre d' Algérie, le soutien aux indépendantistes du Congo, etc...
C' est aussi en 1952, que mon père est élu est élu au Conseil communal de Courcelles et y rejoint Goeorges GLINEUR jusqu'en 1958... 1952, mes parents font construire leur propre maison, rue de Gouy, là où je suis né et où j'habite encore aujourd'hui.
Malheureusement, de santé fragile, ma mère abandonna l'action politique au lendemain de ma démobilisation du service militaire fin septembre 1961. Mais elle n' en restera pas moins profondément communiste jusqu'au bout de sa vie.
Le 6 octobre 1972, je me marie à mon tour à l' âge de 32 ans et le 02 mai 1973, naît mon fils Stéphane ROMAIN.
En 1974, j'agrandi la maison de mes parents afin d'y avoir mon propre appartement et je divorce. J'élève mon fils, avec l'aide de mes parents.
1975, mon père devient pré - pensionné des Acec et mes parents peuvent enfin espérer vivre une vie plus ou moins tranquille. 
Hélas, fin 1995, ma mère subit plusieurs opérations chirurgicales à la colonne vertébrale et au bassin et en deviendra handicapée.
Et le plus grand de nos malheurs arrive: mon fils Stéphane périt tragiquement le 1er mai 1998, en gare de Forest, après avoir célébré la veille de ses 25 ans, avec ses collègues de la Poste locale où il était facteur.
Dès lors, ma mère ne cessera plus de diminuer physiquement et moralement de chagrin.
De 2001 à 2005, ma mère perd successivement ses trois soeurs plus jeunes et restera la dernière en vie.
Septembre 2002, c' est mon père qui a un accident cérébral qui le rend handicapé à son tour.
Une des dernières conséquences: il entre de nouveau à l'hôpital le 11 mars 2009, y reste 35 jours et rentre pour un mois de convalescence à la maison où il fêtera ses 94 ans en famille. Hélas, il retourne de nouveau à l'hôpital et décède le lundi 1er juin 2009, après une véritable agonie de 10 jours...
Ma mère est donc veuve à 89 ans, ce qu'elle ne saura jamais. En effet, entrée à l'hôpital de 27 mai 2009, elle décède à son tour ce mardi 04 août 2009, au bout de 69 jours.
Ses derniers 48 heures, elle mourra en rappelant sans cesse le nom de son petit fils qui n' est jamais sorti de sa mémoire.
Et voilà donc la fin de mes deux parents.
Ce vendredi midi, l'on assistera donc à sa crémation et vers 14,30 heures, ses centres seront enterrées dans le nouveau cimetière de Courcelles...
 
RoRo
(Roger ROMAIN fils)
 
écrit en souvenir de mes deux parents et plus particulièrement
en hommage à ma mère à l'occasion de son décès et de ses funérailles.
 
 

dimanche 26 juillet 2009

« MARX N'A JAMAIS ETE AUSSI UTILE »

 

Sent: Sunday, July 26, 2009 10:03 PM

 

Adressé par Michel Peyret

26 juillet 2009


SAMIR AMIN :

« MARX N'A JAMAIS ETE AUSSI UTILE »



La crise économique mondiale est une crise du capitalisme. Ce n'est pas la première, bien sûr, mais pour l'économiste Samir Amin, elle pourrait être l'occasion de remettre en cause les fondements-même du capitalisme. Pour sortir, non pas de la crise du capitalisme, mais du capitalisme en crise.

Samir Amin est un éminent professeur d'économie politique du développement. Il est le directeur du Forum du Tiers-Monde. Samir Amin enseigne l'économie à l'Université de Poitiers, Paris et Dakar. Il a beaucoup publié sur le droit, la société civile, le socialisme, le colonialisme et le développement, particulièrement en Afrique et dans le monde arabe et islamique. Parmi ses nombreuses publications figurent Eurocentrisme (1988), L'empire du chaos (1991) et Au-delà du capitalisme (1998).


Le capitalisme, une parenthèse dans l'histoire

(photo: Marco Gomes - Flickr - cc)

Le principe de l'accumulation sans fin qui définit le capitalisme est synonyme de croissance exponentielle, et celle-ci, comme le cancer, conduit à la mort. Stuart Mill, qui l'avait compris, imaginait qu'un « état stationnaire » mettrait un terme à ce processus irrationnel. Keynes partageait cet optimisme de la Raison. Mais ni l'un ni l'autre n'était équipé pour comprendre comment le dépassement nécessaire du capitalisme pourrait s'imposer. Marx, en donnant toute sa place à la nouvelle lutte des classes, pouvait par contre imaginer le renversement du pouvoir de la classe capitaliste, concentré aujourd'hui dans les mains de l'oligarchie.

L'accumulation, synonyme également de paupérisation, dessine le cadre objectif des luttes contre le capitalisme. Mais celle-ci s'exprime principalement par le contraste grandissant entre l'opulence des sociétés du centre, bénéficiaires de la rente impérialiste et la misère de celles des périphéries dominées. Ce conflit devient de ce fait l'axe central de l'alternative « socialisme ou barbarie ».

Le capitalisme historique « réellement existant » est associé à des formes successives d'accumulation par dépossession, non pas seulement à l'origine (« l'accumulation primitive ») mais à toutes les étapes de son déploiement. Une fois constitué, ce capitalisme « atlantique » est parti à la conquête du monde et l'a refaçonné sur la base de la permanence de la dépossession des régions conquises, devenant de ce fait les périphéries dominées du système.

Cette mondialisation « victorieuse » a prouvé être incapable de s'imposer d'une manière durable. Un demi siècle à peine après son triomphe, qui pouvait déjà paraître inaugurer la « fin de l'histoire », elle était déjà remise en cause par la révolution de la semi périphérie russe et les luttes (victorieuses) de libération de l'Asie et de l'Afrique qui ont fait l'histoire du XXème siècle – la première vague de luttes pour l'émancipation des travailleurs et des peuples.

L'accumulation par dépossession se poursuit sous nos yeux dans le capitalisme tardif des oligopoles contemporains. Dans les centres la rente de monopole dont bénéficient les ploutocraties oligopolistiques est synonyme de dépossession de l'ensemble de la base productive de la société. Dans les périphéries cette dépossession paupérisante se manifeste par l'expropriation des paysanneries et par le pillage des ressources naturelles des régions concernées. L'une et l'autre de ces pratiques constituent les piliers essentiels des stratégies d'expansion du capitalisme tardif des oligopoles.

Dans cet esprit, je place la « nouvelle question agraire » au cœur du défi pour le XXIème siècle.  La dépossession des paysanneries (d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine) constitue la forme majeure contemporaine de la tendance à la paupérisation (au sens que Marx donne à cette « loi ») associée à l'accumulation. Sa mise en œuvre est indissociable des stratégies de captation de la rente impérialiste par les oligopoles, avec ou sans agro-carburants. J'en déduis que le développement des luttes sur ce terrain, les réponses qui seront données à travers elles à l'avenir des sociétés paysannes du Sud (presque la moitié de l'humanité) commanderont largement la capacité ou non des travailleurs et des peuples à produire des avancées sur la route de la construction d'une civilisation authentique, libérée de la domination du capital, pour laquelle je ne vois pas d'autre nom que celui du socialisme.

Le pillage des ressources naturelles du Sud qu'exige la poursuite du modèle de consommation gaspilleuse au bénéfice exclusif des sociétés opulentes du Nord annihile toute perspective de développement digne de ce nom pour les peuples concernés et constitue de ce fait l'autre face de la paupérisation à l'échelle mondiale.  Dans cet esprit la « crise de l'énergie » n'est pas le produit de la raréfaction de certaines des ressources nécessaires à sa production (le pétrole bien entendu), ni davantage le produit des effets destructeurs des formes énergétivores de production et de consommation en vigueur. Cette description – correcte – ne va pas au-delà des évidences banales et immédiates. Cette crise est le produit de la volonté des oligopoles de l'impérialisme collectif de s'assurer le monopole de l'accès aux ressources naturelles de la planète, que celles-ci soient rares ou pas, de manière à s'approprier la rente impérialiste, quand bien même l'utilisation de ces ressources demeurerait ce qu'elle est (gaspilleuse, énergétivore) ou serait soumise à des politiques « écologistes » correctives nouvelles. J'en déduis également que la poursuite de la stratégie d'expansion du capitalisme tardif des oligopoles se heurtera nécessairement à la résistance grandissante des nations du Sud.



D'une longue crise à l'autre

La crise actuelle n'est donc ni une crise financière, ni la somme de crises systémiques multiples, mais la crise du capitalisme impérialiste des oligopoles, dont le pouvoir exclusif et suprême risque d'être remis en question, cette fois encore, à la fois par les luttes de l'ensemble des classes populaires et par celles des peuples et nations des périphéries dominées, fussent elles en apparence « émergentes ». Elle est simultanément une crise de l'hégémonie des Etats-Unis. Capitalisme des oligopoles, pouvoir politique des oligarchies, mondialisation barbare, financiarisation, hégémonie des Etats-Unis, militarisation de la gestion de la mondialisation au service des oligopoles, déclin de la démocratie, pillage des ressources de la planète, abandon de la perspective du développement du Sud sont indissociables.

Le vrai défi est donc le suivant : ces luttes parviendront-elles à converger pour ouvrir la voie – ou des voies – sur la longue route à la transition au socialisme mondial ? Ou demeureront-elles séparées les unes des autres, voire entreront-elles en conflit les unes contre les autres, et de ce fait, inefficaces, laissant l'initiative au capital des oligopoles ?

Il est bon de revenir sur la première longue crise du capitalisme, qui a façonné le XXème siècle, tant le parallèle entre les étapes du développement de ces deux crises est saisissant.

Le capitalisme industriel triomphant du XIXème siècle entre en crise à partir de 1873. Les taux de profits s'effondrent, pour les raisons mises en évidence par Marx. Le capital réagit par un double mouvement de concentration et d'expansion mondialisée. Les nouveaux monopoles confisquent à leur profit une rente prélevée sur la masse de la plus-value générée par l'exploitation du travail. Ils accélèrent la conquête coloniale de la planète. Ces transformations structurelles permettent un nouvel envol des profits. Elles ouvrent la « belle époque » - de 1890 à 1914 – qui est celle d'une domination mondialisée du capital des monopoles financiarisés. Les discours dominants de l'époque font l'éloge de la colonisation (la « mission civilisatrice »), qualifient la mondialisation de synonyme de paix, et la social-démocratie ouvrière européenne se rallie à ce discours.

Pourtant la « belle époque », annoncée comme la « fin de l'histoire » par les idéologues en vue de l'époque, se termine par la guerre mondiale, comme seul Lénine l'avait vu. Et la période qui suit pour se poursuivre jusqu'aux lendemains de la seconde guerre mondiale sera celle de « guerres et révolutions ». En 1920, la révolution russe (le «  maillon faible » du système) ayant été isolée, après la défaite des espoirs de révolution en Europe centrale, le capital des monopoles financiarisés restaure contre vents et marées le système de la « belle époque ». Une restauration, dénoncée par Keynes à l'époque, qui est à l'origine de l'effondrement financier de 1929 et de la dépression qu'elle va entraîner jusqu'à la seconde guerre mondiale.

Le « long XXème siècle » - 1873/1990 – est donc à la fois celui du déploiement de la première crise systémique profonde du capitalisme vieillissant ( au point que Lénine pense que ce capitalisme des monopoles constitue la « phase suprême du capitalisme »), et celui d'une première vague triomphante de révolutions anti-capitalistes (Russie, Chine) et de mouvements anti-impérialistes des peuples d'Asie et d'Afrique.

La seconde crise systémique du capitalisme s'ouvre en 1971, avec l'abandon de la convertibilité or du dollar, presqu'exactement un siècle après le début de la première. Les taux de profit, d'investissement, et de croissance s'effondrent (ils ne retrouveront jamais depuis les niveaux qui avaient été les leurs de 1945 à 1975). Le capital répond au défi comme dans la crise précédente par un double mouvement de concentration et de mondialisation. Il met ainsi en place des structures qui définiront la seconde « belle époque » (1990/2008) de mondialisation financiarisée permettant aux groupes oligopolistiques de prélever leur rente de monopole. Mêmes discours d'accompagnement : le « marché » garantit la prospérité, la démocratie et la paix ; c'est la « fin de l'histoire ». Mêmes ralliements des socialistes européens au nouveau libéralisme. Et pourtant cette nouvelle « belle époque » s'est accompagnée dès le début par la guerre, celle du Nord contre le Sud, amorcée dés 1990.  Et tout comme la première mondialisation financiarisée avait donné 1929, la seconde a produit 2008. Nous sommes parvenus aujourd'hui à ce moment crucial qui annonce la probabilité d'une nouvelle vague de « guerres et révolutions ». D'autant que les pouvoirs en place n'envisagent rien d'autre que la restauration du système tel qu'il était avant son effondrement financier.

L'analogie entre les développements de ces deux crises systémiques longues du capitalisme vieillissant est frappante. Il y a néanmoins des différences dont la portée politique est importante.



Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise?

Derrière la crise financière, la crise systémique du capitalisme des oligopoles.

Le capitalisme contemporain est d'abord et avant tout un capitalisme d'oligopoles au sens plein du terme (ce qu'il n'était qu'en partie jusqu'ici). J'entends par là que les oligopoles commandent seuls la reproduction du système productif dans son ensemble. Ils sont « financiarisés » dans le sens qu'eux seuls ont accès au marché des capitaux. Cette financiarisation donne au marché monétaire et financier – leur marché, celui sur lequel ils se concurrencent entre eux – le statut de marché dominant, qui façonne et commande à son tour les marchés du travail et d'échange de produits.

Cette financiarisation mondialisée s'exprime par une transformation de la classe bourgeoise dirigeante, devenue ploutocratie rentière. Les oligarques ne sont pas russes seulement, comme on le dit trop souvent, mais bien davantage étatsuniens, européens et japonais. Le déclin de la démocratie est le produit inévitable de cette concentration du pouvoir au bénéfice exclusif des oligopoles.

La forme nouvelle de la mondialisation capitaliste, qui correspond à cette transformation, par opposition à celle qui caractérisait la première « belle époque », est elle également importante à préciser. Je l'ai exprimé dans une phrase : le passage de l'impérialisme conjugué au pluriel (celui des puissances impérialistes en conflit permanent entre elles) à l'impérialisme collectif de la triade (Etats-Unis, Europe, Japon).

Les monopoles qui émergent en réponse à la première crise du taux de profit se sont constitués sur des bases qui ont renforcé la violence de la concurrence entre les puissances impérialistes majeures de l'époque, et conduit au grand conflit armé amorcé en 1914 et poursuivi à travers la paix de Versailles puis la seconde guerre jusqu'en 1945. Ce que Arrighi, Frank, Wallerstein et moi même avons qualifié dés les années 1970 de « guerre de trente ans », terme repris depuis par d'autres.

Par contre la seconde vague de concentration oligopolistique, amorcée dans les années 1970, s'est constituée sur de toutes autres bases, dans le cadre d'un système que j'ai qualifié « d'impérialisme collectif » de la triade ( Etats-Unis, Europe et Japon). Dans cette nouvelle mondialisation impérialiste, la domination des centres ne s'exerce plus par le monopole de la production industrielle (comme c'était le cas jusqu'ici), mais par d'autres moyens (le contrôle des technologies, des marchés financiers, de l'accès aux ressources naturelles de la planète, de l'information et des communications, des armements de destruction massive). Ce système que j'ai qualifié « d'apartheid à l'échelle mondiale » implique la guerre permanente contre les Etats et les peuples des périphéries récalcitrantes, guerre amorcée dès 1990 par le déploiement du contrôle militaire de la planète par le Etats-Unis et leurs alliés subalternes de l'OTAN.

La financiarisation de ce système est indissociable, dans mon analyse, de son caractère oligopolistique affirmé. Il s'agit là d'une relation organique fondamentale. Ce point de vue n'est pas celui qui domine, non seulement dans la littérature volumineuse des économistes conventionnels, mais encore dans la plupart des écrits critiques concernant la crise en cours.
 
C'est ce système dans son ensemble qui est désormais en difficulté.

Les faits sont déjà là : l'effondrement financier est déjà en passe de produire non pas une « récession » mais une véritable dépression profonde. Mais au-delà, d'autres dimensions de la crise du système ont émergé à la conscience publique avant même l'effondrement financier. On en connait les grands titres – crise énergétique, crise alimentaire, crise écologique, changements climatiques – et de nombreuses analyses de ces aspects des défis contemporains sont produites quotidiennement, dont quelques unes de la plus grande qualité..

Je reste néanmoins critique à l'endroit de ce mode de traitement de la crise systémique du capitalisme, qui isole trop les différentes dimensions du défi. Je redéfinis donc les « crises » diverses comme les facettes du même défi, celui du système de la mondialisation capitaliste contemporaine (libérale ou pas) fondé sur la ponction que la rente impérialiste opère à l'échelle mondiale, au profit de la ploutocratie des oligopoles de l'impérialisme collectif de la triade.

La vraie bataille se livre sur ce terrain décisif entre les oligopoles qui cherchent à produire et reproduire les conditions qui leur permettent de s'approprier la rente impérialiste et toutes leurs victimes – travailleurs de tous les pays du Nord et du Sud, peuples des périphéries dominées condamnées à renoncer à toute perspective de développement digne de ce nom.

Je proposais donc une conceptualisation des formes nouvelles de domination des centres impérialistes fondée sur l'affirmation de modes nouveaux de contrôle se substituant au monopole ancien de l'exclusive industrielle, ce que la montée des pays qualifiés depuis « d'émergents » a confirmé. Je qualifiais la nouvelle mondialisation en construction « d'aparheid à l'échelle mondiale », appelant la gestion militarisée de la planète, perpétuant dans des conditions nouvelles la polarisation indissociable de l'expansion du « capitalisme réellement existant ».



La seconde vague d'émancipation des peuples: un «remake» du XXème siècle ou mieux?

Le monde contemporain est gouverné par des oligarchies. Oligarchies financières aux Etats-Unis, en Europe et au Japon, qui dominent non seulement la vie économique, mais tout autant la politique et la vie quotidienne. Oligarchies russes à leur image que l'Etat russe tente de contrôler. Statocratie en Chine. Autocraties (parfois cachées derrière quelques apparences d'une démocratie électorale « de basse intensité ») inscrites dans ce système mondial ailleurs dans le reste de la planète.

La gestion de la mondialisation contemporaine par ces oligarchies est en crise.

Les oligarchies du Nord comptent bien rester au pouvoir, le temps de la crise passé. Elles ne se sentent pas menacées. Par contre la fragilité des pouvoirs des autocraties du Sud est, elle, bien visible. La mondialisation en place est, de ce fait, fragile. Sera-t-elle remise en question par la révolte du Sud, comme ce fut le cas au siècle passé ? Probable. Mais triste. Car l'humanité ne s'engagera sur la voie du socialisme, seule alternative humaine au chaos, que lorsque les pouvoirs des oligarchies, de leurs alliés et de leurs serviteurs seront mis en déroute à la fois dans les pays du Nord et dans ceux du Sud.

Le capitalisme est « libéral » par nature, si l'on entend par « libéralisme » non pas ce joli qualificatif que le terme inspire, mais l'exercice plein et entier de la domination du capital non pas seulement sur le travail et l'économie, mais sur tous les aspects de la vie sociale. Il n'y a pas « d'économie de marché » (expression vulgaire pour dire capitalisme) sans « société de marché ». Le capital poursuit obstinément cet objectif unique. L'Argent. L'accumulation pour elle-même. Marx, mais après lui d'autres penseurs critiques comme Keynes, l'ont parfaitement compris. Pas nos économistes conventionnels, ceux de gauche inclus.

Ce modèle de domination exclusive et totale du capital avait été imposé avec obstination par les classes dirigeantes tout au long de la longue crise précédente jusqu'en 1945. Seule la triple victoire de la démocratie, du socialisme et de la libération nationale des peuples avait permis, de 1945 à 1980, la substitution à ce modèle permanent de l'idéal capitaliste, de la coexistence conflictuelle des trois modèles sociaux régulés qu'ont été le Welfare State de la social-démocratie à l'Ouest, les socialismes réellement existants à l'Est et les nationalismes populaires au Sud. L'essoufflement puis l'effondrement de ces trois modèles a par la suite rendu possible un retour à la domination exclusive du capital, qualifiée de néo-libérale.

Les désastres sociaux que le déploiement du libéralisme – « l'utopie permanente du capital » ai-je écrit – n'allait pas manquer de provoquer ont inspiré bien des nostalgies du passé récent ou lointain. Mais ces nostalgies ne permettent pas de répondre au défi. Car elles sont le produit d'un appauvrissement de la pensée critique théorique qui s'était progressivement interdit de comprendre les contradictions internes et les limites des systèmes de l'après seconde guerre mondiale, dont les érosions, les dérives et les effondrements sont apparus comme des cataclysmes imprévus.

Néanmoins, dans le vide créé par ces reculs de la pensée théorique critique, une prise de conscience de dimensions nouvelles de la crise systémique de civilisation a trouvé le moyen de se frayer la voie. Je fais référence ici aux écologistes. Mais les Verts, qui ont prétendu se distinguer radicalement et tout également des Bleus (les conservateurs et les libéraux) et des Rouges (les Socialistes) se sont enfermés dans l'impasse, faute d'intégrer la dimension écologique du défi dans une critique radicale du capitalisme.

Tout était en place donc pour assurer le triomphe – passager en fait, mais qui s'est vécu comme « définitif » - de l'alternative dite de la « démocratie libérale ». Une pensée misérable – une véritable non pensée – qui ignore ce que pourtant Marx avait dit de décisif concernant cette démocratie bourgeoise qui ignore que ceux qui décident ne sont pas ceux qui sont concernés par ces décisions. Ceux qui décident, jouissent de la liberté renforcée par le contrôle de la propriété, sont aujourd'hui les ploutocrates du capitalisme des oligopoles et les Etats qui sont leurs débiteurs. Par la force des choses les travailleurs et les peuples concernés ne sont guère que leurs victimes. Mais de telles billevesées pouvaient paraître crédibles, un court moment, du fait des dérives des systèmes de l'après-guerre, dont la misère des dogmatiques ne parvenait plus à comprendre les origines. La démocratie libérale pouvait alors paraître le « meilleur des systèmes possibles ».

Aujourd'hui les pouvoirs en place, qui eux n'avaient rien prévu, s'emploient à restaurer ce même système. Leur succès éventuel, comme celui des conservateurs des années 1920 – que Keynes dénonçait sans trouver d'écho à l'époque – ne pourra qu'aggraver l'ampleur des contradictions qui sont à l'origine de l'effondrement financier de 2008.

La récente réunion du G20 (Londres, avril 2009) n'amorce en rien une « reconstruction du monde ». Et ce n'est peut être pas un hasard si elle a été suivie dans la foulée par celle de l'OTAN, le bras armé de l'impérialisme contemporain, et par le renforcement de son engagement militaire en Afghanistan. La guerre permanente du « Nord » contre le « Sud » doit continuer.

On savait déjà que les gouvernements de la triade – Etats-Unis, Europe et Japon – poursuivent l'objectif exclusif d'une restauration du système tel qu'il était avant septembre 2008. Plus intéressant est le fait que les leaders des « pays émergents » invités ont gardé le silence. Une seule phrase intelligente a été prononcée au cours de cette journée de grand cirque, par le Président chinois Hu Jintao, qui a fait observer « en passant », sans insister et avec le sourire (narquois ?), qu'il faudra bien finir par envisager la mise en place d'un système financier mondial qui ne soit pas fondé sur le dollar. Quelques rares commentateurs ont immédiatement fait le rapprochement  - correct – avec les propositions de Keynes en 1945.

Cette « remarque » nous rappelle à la réalité : que la crise du système du capitalisme des oligopoles est indissociable de celle de l'hégémonie des Etats-Unis, à bout de souffle. Mais qui prendra la relève ? Certainement pas « l'Europe » qui n'existe pas en dehors de l'atlantisme et ne nourrit aucune ambition d'indépendance, comme l'assemblée de l'OTAN l'a démontré une fois de plus. La Chine ? Cette « menace », que les médias invoquent à satiété (un nouveau « péril jaune ») sans doute pour légitimer l'alignement atlantiste, est sans fondement. Les dirigeants chinois savent que leur pays n'en a pas les moyens, et ils n'en ont pas la volonté. La stratégie de la Chine se contente d'oeuvrer pour la promotion d'une nouvelle mondialisation, sans hégémonie. Ce que ni les Etats-Unis, ni l'Europe ne pensent acceptable.

Les chances donc d'un développement possible allant dans ce sens reposent encore intégralement sur les pays du Sud. Et ce n'est pas un hasard si la Cnuced est la seule institution de la famille des Nations Unies qui ait pris des initiatives fort différentes de celles de la commission Stiglitz. Ce n'est pas un hasard si son directeur, le Thaïlandais Supachai Panitchpakdi, considéré jusqu'à ce jour comme un parfait libéral, ose proposer dans le rapport de l'organisation intitulé « The Global Economic Crisis », daté de mars 2009, des avancées réalistes s'inscrivant dans la perspective d'un second moment de « l'éveil du Sud ».

La Chine de son côté a amorcé la construction – progressive et maîtrisée - de systèmes financiers régionaux alternatifs débarrassés du dollar. Des initiatives qui complètent, au plan économique, la promotion des alliances politiques du « groupe de Shanghai », l'obstacle majeur au bellicisme de l'OTAN.

L'assemblée de l'OTAN, réunie dans la même foulée en avril 2009, a entériné la décision de Washington, non pas d'amorcer son désengagement militaire, mais au contraire d'en accentuer l'ampleur.



Un nouvel internationalisme des travailleurs et des peuples est nécessaire et possible

Le capitalisme historique est tout ce qu'on veut sauf durable. Il n'est qu'une parenthèse brève dans l'histoire. Sa remise en cause fondamentale - que nos penseurs contemporains, dans leur grande majorité, n'imaginent ni « possible » ni même « souhaitable » – est pourtant la condition incontournable de l'émancipation des travailleurs et des peuples dominés (ceux des périphéries, 80 % de l'humanité). Et les deux dimensions du défi sont indissociables. Il n'y aura pas de sortie du capitalisme par le moyen de la seule lutte des peuples du Nord, ou par la seule lutte des peuples dominés du Sud. Il n'y aura de sortie du capitalisme que lorsque, et dans la mesure où, ces deux dimensions du même défi s'articuleront l'une avec l'autre. Il n'est pas « certain » que cela arrive, auquel cas le capitalisme sera « dépassé » par la destruction de la civilisation (au-delà du malaise dans la civilisation pour employer les termes de Freud), et peut être de la vie sur la planète. Le scénario d'un « remake » possible du XXème siècle restera donc en deçà des exigences d'un engagement de l'humanité sur la longue route de la transition au socialisme mondial. Le désastre libéral impose un renouveau de la critique radicale du capitalisme. Le défi est celui auquel est confrontée la construction/reconstruction permanente de l'internationalisme des travailleurs et des peuples, face au cosmopolitisme du capital oligarchique.

La construction de cet internationalisme ne peut être envisagée que par le succès d'avancées révolutionnaires nouvelles (comme celles amorcées en Amérique latine et au Népal) ouvrant la perspective d'un dépassement du capitalisme.

Dans les pays du Sud le combat des Etats et des nations pour une mondialisation négociée sans hégémonies – forme contemporaine de la déconnexion – soutenu par l'organisation des revendications des classes populaires peut circonscrire et limiter les pouvoirs des oligopoles de la triade impérialiste. Les forces démocratiques dans les pays du Nord doivent soutenir ce combat. Le discours « démocratique » proposé, et accepté par la majorité des gauches telles qu'elles sont, les interventions « humanitaires » conduites en son nom comme les pratiques misérables de « l'aide » écartent de leurs considérations la confrontation réelle avec ce défi.

Dans les pays du Nord les oligopoles sont déjà visiblement des « biens communs » dont la gestion ne peut être confiée aux seuls intérêts particuliers (dont la crise a démontré les résultats catastrophiques). Une gauche authentique doit avoir l'audace d'en envisager la nationalisation, étape première incontournable dans la perspective de leur socialisation par l'approfondissement de la pratique démocratique. La crise en cours permet de concevoir la cristallisation possible d'un front des forces sociales et politiques rassemblant toutes les victimes du pouvoir exclusif des oligarchies en place.

La première vague de luttes pour le socialisme, celle du XXème siècle, a démontré les limites des social-démocraties européennes, des communismes de la troisième internationale et des nationalismes populaires de l'ère de Bandoung, l'essoufflement puis l'effondrement de leurs ambitions socialistes. La seconde vague, celle du XXIème siècle, doit en tirer les leçons. En particulier associer la socialisation de la gestion économique et l'approfondissement de la démocratisation de la société. Il n'y aura pas de socialisme sans démocratie, mais également aucune avancée démocratique hors de la perspective socialiste.

Ces objectifs stratégiques invitent à penser la construction de « convergences dans la diversité » (pour reprendre l'expression retenue par le Forum Mondial des Alternatives) des formes d'organisation et de luttes des classes dominées et exploitées. Et il n'est pas dans mon intention de condamner par avance celles de ces formes qui, à leur manière, renoueraient avec les traditions des social-démocraties, des communismes et des nationalismes populaires, ou s'en écarteraient.

Dans cette perspective il me paraît nécessaire de penser le renouveau d'un marxisme créateur. Marx n'a jamais été aussi utile, nécessaire, pour comprendre et transformer le monde, aujourd'hui autant et même plus encore qu'hier. Etre marxiste dans cet esprit c'est partir de Marx et non s'arrêter à lui, ou à Lenine, ou à Mao, comme l'ont conçu et pratiqué les marxismes historiques du siècle dernier. C'est rendre à Marx ce qui lui revient : l'intelligence d'avoir amorcé une pensée critique moderne, critique de la réalité capitaliste et critique de ses représentations politiques, idéologiques et culturelles. Le marxisme créateur doit poursuivre l'objectif d'enrichir sans hésitation cette pensée critique par excellence. Il ne doit pas craindre d'y intégrer tous les apports de la réflexion, dans tous les domaines, y compris ceux de ces apports qui ont été considérés, à tort, comme « étrangers » par les dogmatiques des marxismes historiques du passé.

Samir Amin

Note : Les thèses présentées dans cet article ont été développées par l'auteur dans son ouvrage sur la crise, Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise (ed Le Temps des Cerises, Paris 2009).

Samedi 25 Juillet 2009

Source :

http://www.marianne2.fr

jeudi 23 juillet 2009

Parlons clair numéro 58

 

Sent: Thursday, July 23, 2009 12:30 AM
Subject: Parlons clair numéro 58

Parlons Clair n° 58

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mardi 21 juillet 2009